De nombreuses communautés issues de l'immigration vivent depuis longtemps à Saint-Étienne et dans sa région. La communauté grecque est l'une d'entre elles mais elle ne fait pas partie des plus importantes.
En 2004, une église orthodoxe grecque existe encore à Saint-Étienne, ce qui montre que la communauté grecque est encore vivante à cette date. En outre, à cette même date, un descendant d’immigré grec de la troisième génération, habitant Saint-Chamond, relate que son grand-père était arrivé dans la région stéphanoise pendant la grande guerre, pour travailler dans les usines d’armement françaises. Ce témoignage montre que le début de l’immigration grecque dans la région est antérieur à 1918.
Dans le roman Et ainsi de suite publié par la romancière grecque Elli Alexiou en 1964, un passage est consacré aux immigrés grecs originaires d’Asie Mineure, qui travaillaient dans les mines de Saint-Étienne. Le héros du livre, un journaliste grec qui a émigré en 1945 vers la France avec une bourse du gouvernement français, se rend à Saint-Étienne pour rencontrer les mineurs grecs et écrit à leur sujet :
«Beaucoup de Grecs étaient installés là depuis la
catastrophe d’Asie Mineure [2]. Ils
travaillaient dans les mines de charbon. C’étaient des gens qui avaient été
expulsés, qui avaient été torturés, qui avaient quitté les chemins embaumés
de Trébizonde et de Samsun bordés de peupliers et d’acacias, la mer, leur
travail dans les jardins et dans les oliveraies, en plein air, sous un ciel
tout bleu, pour venir creuser dans des galeries sombres, humides, aux parois
noires, dans les profondeurs de la terre. Dans un endroit où les routes, les
pierres et la cour des maisons sont recouvertes de poussière de charbon. En
deuil pour toujours. Les plus âgés d’entre eux vous parlaient en toussant. Tant
d’années passées dans cet endroit avaient rempli de charbon les vaisseaux mêmes
où circulait leur sang. Ils toussaient en projetant des crachats noirs. ».
Près de cent ans après le début de l'immigration grecque, le présent article examine, à partir de documents présents dans les archives départementales de la Loire ainsi que d'entretiens avec des membres de la communauté grecque, l'histoire des immigrés grecs dans le bassin industriel de Saint-Étienne, leur implantation géographique, leurs conditions de vie, leur intégration, leur vie religieuse et culturelle, les relations de la communauté grecque avec les autorités et le reste de la population, sa mémoire collective et le sentiment identitaire chez les descendants des immigrés grecs.
L'immigration grecque dans le dans le bassin industriel de Saint-Étienne
Le bassin industriel de Saint-Étienne s’étend au sud du
département de la Loire, sur les vallées du Gier et de l’Ondaine, depuis
Rive-de-Gier au nord-est jusqu’à Unieux au sud-est. Il correspond à l’actuelle
communauté d’agglomération de Saint-Étienne Métropole. Les principaux centres
urbains de ce bassin sont Saint-Étienne, Saint-Chamond et Firminy. Avant la seconde guerre mondiale, les principales industries du bassin industriel de
Saint-Étienne sont les mines de charbon, les forges, les aciéries, les
industries mécaniques de transformation comme les manufactures d’armes et de
cycles et les ateliers textiles. C’est une région ouvrière qui a attiré depuis
très longtemps de nombreux immigrés, d’abord des Italiens dès le XIXe siècle,
puis au XXe siècle des Polonais, des Arméniens, des Grecs, des Espagnols des Portugais et
enfin des Algériens et des Marocains.
La quasi-totalité des Grecs du département de la Loire se
trouve dans le bassin industriel de Saint-Étienne, les autres communes n’en comptant
que quelques unités[3].
Les effectifs donnés
par la Statistique générale de la France pour le département de la Loire
donnent donc une image quasi exacte des effectifs du bassin industriel de
Saint-Étienne
Des statistiques de
population de nationalité grecque par département et par nationalité sont
disponibles dans les résultats des recensements de 1901, 1911, 1921, 1926,
1931, 1936 de la Statistique générale de
la France. Ces statistiques montrent que l’immigration grecque dans le
département de la Loire a commencé entre 1901 et 1911, qu’elle a culminé en
1926 avec un effectif de 1281, et qu’elle a fortement décru à partir de cette
date.
On peut souligner que le département de la Loire a été,
jusqu’en 1926, le troisième département pour l’importance numérique de
l’immigration grecque en France, derrière les départements de la Seine et des
Bouches-du-Rhône. Dans la région Rhône-Alpes, ce sont les départements du Rhône
et de l’Isère qui ont ensuite occupé cette troisième position. On peut penser qu’un
certain nombre d’immigrés Grecs étant, dans un premier temps, venus dans la
Loire, sont ensuite partis vers d’autres départements français.
On pourrait penser, pour expliquer la baisse de l’effectif
de Grecs de nationalité grecque entre 1926 et 1936, qu’un nombre significatif
d’immigrés grecs ont été naturalisés pendant cette période. Il n’en est rien,
les naturalisations des immigrés grecs de première génération sont rares jusque
1936, 26 seulement à cette date. Une personne de la seconde génération dit en
parlant de son père : « il ne voulait pas se faire
naturaliser » sans pouvoir en donner la raison. Les nombreux Grecs qui ont
quitté le département de la Loire l’ont fait avant d’avoir demandé ou avant
d’avoir pu obtenir la nationalité française. Le processus de naturalisation des
Grecs dans le département de la Loire été plus lent que pour l’ensemble de la
France. En 1936, pour l’ensemble de la France, le rapport entre le nombre de
Grecs naturalisés au nombre total de Grecs naturalisés ou non, est de 11,8%
alors qu’il n’est que de 5% dans la Loire à la même date. Rien ne permet de
savoir si cette différence est imputable à une attitude particulière de
l’administration locale ou à un comportement spécifique de la population
grecque immigrée dans le département de la Loire.
L’absence de statistiques de population grecque et de
population de Grecs naturalisés par département, dans les recensements
postérieurs à 1945 ne permet pas de voir comment s’est poursuivi le mouvement
de naturalisation.
Dans un entretien accordé au journal La Tribune du 3 septembre 2003, le consul honoraire de Grèce à
Saint-Étienne donne un ordre de grandeur de l’importance de la
communauté : « le département de la Loire et la région Auvergne
comptent entre 100 et 150 familles d’origine grecque par les parents ou les
grands-parents, 90% de ces familles se trouvent dans la Loire sur l’axe Le Puy
Saint-Étienne. Pour sa part, le Père Constantin Krassakis, archiprêtre de la
paroisse orthodoxe de la Sainte Trinité , dans un entretien accordé à l’auteur
le 11 février 2004, cite le chiffre de 130 familles dont 40 familles non
mixtes. Ce chiffre de 130 se retrouve dans le nombre de cotisants à
l’Association cultuelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne.
Les chiffres publiés par l’INSEE ne permettent pas de
connaître l’effectif des Grecs présents aujourd’hui dans le bassin industriel
de Saint-Étienne mais la quasi-totalité des membres de la communauté est
désormais de nationalité française comme le montre le chiffre très faible (84)
de titres de séjour, délivrés à des Grecs en 1981 dans le département de La
Loire.
En revanche l’évolution des effectifs, pour la période
1912-1935 peut être connue de façon précise, année par année et commune par
commune, grâce aux statistiques semestrielles des effectifs d’étrangers
déclarés par les communes du département de la Loire à la Préfecture. Ces
statistiques n’existent malheureusement pas pour toutes les années de la
période, en particulier elles manquent pour les années 1916 à 1924. Elles
permettent de retracer partiellement l’historique de la présence grecque dans
le bassin industriel de Saint-Étienne et apportent des renseignements
intéressants sur la composition hommes femmes.
On peut rapprocher le chiffre de 919 à fin 1928 obtenu à
partir de ces statistiques, du chiffre figurant dans l’article de A. de
Compigny des Bordes « La fondation à Saint-Étienne de la première église
orthodoxe grecque de notre région » paru dans le numéro 50 de la Région illustrée en janvier 1931. On y
trouve la précision suivante : « une importante colonie grecque
réside dans la région stéphanoise. Elle comprend plus d’un millier de personnes
réparties dans nos cités industrielles : Saint-Étienne, Rive-de-Gier,
Terrenoire, Firminy, Le Chambon-Feugerolles, La Ricamarie ».
Les statistiques départementales d’effectifs ne sont
malheureusement pas disponibles pour la période 1916-1918, période au cours de
laquelle de nombreux de Grecs sont recrutés par les autorités françaises pour
l’industrie de guerre de la France. On peut approcher cette période au travers
du témoignage de Georges Mavridorakis, ancien président de l’association
cultuelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne, dans l’entretien du 9 décembre
1981 qu’il avait accordé, conjointement avec le Père Constantin Krassakis,
archiprêtre de la paroisse de la Sainte Trinité, au Père Étienne Garnier
délégué du diocèse de Lyon à l’œcuménisme. Georges Mavridorakis indique
que : « en 1916 le gouvernement français signa un contrat avec le
gouvernement hellénique pour un apport de main-d’œuvre. Trois cents personnes
échouèrent alors dans la région (stéphanoise) pour suppléer, dans les mines et
les usines métallurgiques, les ouvriers français mobilisés. La plupart venaient
d’Asie Mineure ». Il ajoute : « cependant après la fin de
la guerre, plusieurs familles regagnèrent leur lieu d’origine, surtout des
Crétois et des Milésiens ».
Des départs importants ont eu lieu en 1927 puisque
l’effectif de Grecs du bassin industriel décroît en une seule année de 1286 à
994 et perd donc près de 300 personnes. On peut supposer qu’à cette date de
nombreux Grecs immigrés dans le bassin industriel de Saint-Étienne préfèrent
aller tenter leur chance ailleurs en France. Après 1927, l’effectif décroît
régulièrement.
Les statistiques d’effectifs de Grecs par département ne
sont pas disponibles pour la période postérieure à 1945. Cependant, Georges
Mavridorakis [4]
précise que « après la guerre 1939-1945, le retour en Grèce se poursuivit
pour des familles entières et pour les descendants de la première vague
d’immigration. D’autres encore gagnèrent d’autres pays comme l’Allemagne
fédérale. »
Au cours d’un entretien accordé à l’auteur le 11 février
2004, le Père Krassakis observe qu’après 1945, il n’y a plus d’arrivée de Grecs
dans le bassin de Saint-Étienne en raison du déclin économique et culturel de
la ville et de la proximité de la ville de Lyon, plus attractive. Selon Georges
Mavridorakis [5],
en 1981, la paroisse grecque orthodoxe de Saint-Étienne ne comprend plus que
150 familles.
Il est intéressant d’examiner la répartition par commune des
Grecs à la fin de à la fin de 1926, quand l’effectif des immigrés grecs dans le
bassin industriel de Saint-Étienne atteint son maximum. En 1926 la population grecque du bassin industriel de Saint-Étienne est concentrée dans trois communes : Saint-Étienne, La Ricamarie et le Chambon-Feugerolles. Ces trois communes totalisent à elles seules 931 immigrés grecs soit 72,5% de l'ensemble des Grecs du basin industriel à Saint-Étienne même résident 44% de l'ensemble des Grecs du bassin industriel.
La répartition des Grecs dans le bassin neuf ans plus tard,
le 31 décembre 1935, s’est sensiblement modifiée. Les trois communes de
Saint-Étienne, de La Ricamarie, du Chambon-Feugerolles totalisent, à fin 1935,
592 immigrés grecs, soit 85,9% du total des Grecs du bassin industriel de
Saint-Étienne.
Avant la Grande guerre, les immigrés grecs résident presque
exclusivement à Saint-Étienne, on assiste ensuite à une diminution de la part
de Saint-Étienne dans le total de l’effectif jusqu’à la fin de 1926, date à laquelle
il culmine. À partir de 1926 on a, au contraire, un accroissement de la part de
Saint-Étienne dans la population grecque du bassin. Le reflux de la population
immigrée grecque dans le bassin industriel de Saint-Étienne s’accompagne donc d’un
phénomène de concentration dans la ville même de Saint-Étienne ou résident 62%
des Grecs du bassin en 1935. C’est donc le centre urbain le plus important qui
résiste le mieux au reflux de l’immigration.
Les flux d’immigration de Grecs vers la ville de
Saint-Étienne sont connus grâce aux 2768 fiches individuelles du Commissariat
de la ville, concernant les étrangers ayant séjourné à Saint-Étienne entre 1901
et 1940, qui sont conservées aux archives départementales de la Loire. Un
échantillon représentatif de 174 de ces fiches a été exploité pour la présente
étude. Seules les arrivées antérieures à 1940 ont été examinées, car d’après
plusieurs témoignages, les arrivées de Grecs à Saint-Étienne après la Seconde
Guerre mondiale sont très peu nombreuses. Selon le Père Krassakis dans
l’entretien du 11 février 2004, en 1984 il y avait une vingtaine d’étudiants
grecs à Saint-Étienne, en 2004 il n’y en avait plus que deux. L’explication
avancée est que l’accès des étudiants grecs dans les universités françaises a
été en effet rendu plus difficile par l’instauration d’un concours de langue
française. Les étudiants grecs fréquentent surtout désormais les universités
d’Aix, Nice et Lyon.
À partir des fiches de police, on peut retracer l’évolution
des arrivées d’immigrants Grecs à Saint-Étienne. Celles-ci ont lieu pour
l’essentiel de 1907 à 1930. On note un pic important d’arrivées en 1916 et
1917, un deuxième moins important en 1919, 1920 et 1921 et un troisième d’une
importance intermédiaire entre celles des deux premier, en 1923, 1924 et 1925.
Le premier pic est dû à l’organisation, par le gouvernement français, de
l’immigration grecque dans les usines travaillant pour l’industrie de guerre.
Le second pic est dû à la crise économique qui continue de sévir en Grèce après
1918 et le troisième pic à l’émigration des Grecs d’Asie Mineure suite à
l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie, rendu obligatoire par le
traité de Lausanne de 1923. Cependant, le flux des arrivées est ininterrompu de
1907 à 1931. Après 1930, il devient marginal.
À Saint-Étienne, l’immigration grecque a commencé
sensiblement plus tôt qu’à Pont-de-Chéruy-Charvieu dans l’Isère, ou qu’à
Port-de-Bouc dans les Bouches-du-Rhône, villes où elle ne commence qu’en 1916. Cécile
Zervudacki [6]
rapporte que « le 10 août 1916 arrive le premier convoi de Grecs de Turquie à
Charvieu ». Huguette Ferré [7] quant à
elle note que « l’immigration (grecque) à Port-de-Bouc est ancienne et va
de 1916 aux années 30 ». En ce qui concerne les Grecs arrivés à Marseille
en 1917, Michel Bruneau [8] indique
que« 800 partaient à Saint-Étienne, 1200 à Pont-de-Chéruy, 1300 à Nantes,
1000 à Bordeaux, les Grecs de Saint-Étienne partant ensuite à Lyon et
Paris ». Le chiffre donné par Michel Bruneau est sensiblement supérieur au
chiffre qui résulte de l’exploitation des fiches du Commissariat de
Saint-Étienne soit 461. Mais les fiches individuelles exploitées ne concernant
que la ville même de Saint-Étienne, le chiffre de 800 arrivées de Grecs pour
l’année 1917 pour l’ensemble du bassin industriel de Saint-Étienne est donc
vraisemblable.
La période de juillet 1916 à novembre 1918, c’est-à-dire la
période de recrutement de Grecs par les autorités françaises pendant la Grande
Guerre, totalise la moitié des arrivées de Grecs à Saint-Étienne pendant toute
la période 1907-1940. En 1923,1924 et 1925, il y a une seconde vague de forte
immigration suite à la « Grande catastrophe »[9], avec un
maximum d’arrivées en 1923. Après 1930, les arrivées deviennent rares. Cécile
Zervudacki [10] observe également, à Pont-de-Chéruy, deux grandes vagues
d’immigration de Grecs, 1916-1918 d’une part et 1923-1928 d’autre part.
La date réelle d’arrivée en France des immigrés grecs est bien
souvent antérieure à la date de déclaration d’arrivée en France. À l’époque, le
voyage de la Grèce vers la France se faisait par bateau et le point d’arrivée
en France était donc un port, souvent Marseille, mais le lieu de débarquement
n’est pas nécessairement le lieu d’enregistrement de la première déclaration de
présence en France.
Les dates de déclaration d’arrivée en France se situent
entre 1904 et 1931. La seule différence entre la répartition des arrivées en
France et celle des arrivées à Saint-Étienne réside dans le fait que le maximum
des arrivées en France est observé pendant l’année 1916 et non en 1917. Un
certain nombre de Grecs arrivés en France en 1916 ne sont donc arrivés qu'un peu plus
tard à Saint-Étienne.
Le parcours d’émigration peut comporter plusieurs étapes
entre le départ de la résidence d’origine et l’arrivée en France. Les fiches
montrent que 2050 Grecs sont venus à Saint-Étienne à partir d’un autre
département sans séjourner au préalable dans une autre commune du département
de la Loire. En considérant que Saint-Étienne représente en moyenne 50% de
l’effectif de Grecs du bassin industriel, on peut estimer à 4 000 environ
le nombre de Grecs qui sont arrivés dans le bassin entre 1905 et 1939.
Les origines géographiques des immigrants Grecs de
Saint-Étienne sont extrêmement diverses. Chacune de ces immigrations présente des particularités.
Il y a ensuite une immigration des Grecs en
provenance d’Asie Mineure. Cette immigration commence en 1909 et
dure jusqu’en 1930. Plus de la moitié des immigrants Grecs d’Asie Mineure ayant
émigré vers Saint-Étienne l’ont fait avant septembre 1922 [11]. On a
cependant assisté à une recrudescence des arrivées en provenance de cette
région en 1923 et 1924. Les lieux de naissance sont situés un peu partout en
Asie Mineure, dans la région de Smyrne, dans la région du Pont, dans les
Dardanelles et dans la Cappadoce. Les entretiens conduits auprès des Grecs de
la deuxième génération montrent que les Grecs d’Asie Mineure qui étaient partis
avant l’échange obligatoire des populations l’avaient fait pour fuir les
persécutions et les spoliations qu’ils subissaient de la part des Turcs. Le
père d’une des personnes interrogées avait déserté l’armée turque. Les parcours
d’émigration étaient très mouvementés, avec souvent Constantinople ou Salonique comme première destination
On note aussi une immigration des Grecs en
provenance de l’Épire du Nord [12].
L’immigration de Grecs en provenance d’Épire du Nord commence dès 1904 et se
prolonge jusqu’à 1925. Elle représente, plus de la moitié de l’émigration
antérieure à juillet 1916. L’étude des fiches permet de constater que la
plupart des immigrants Grecs d’Épire du Nord viennent de la ville ou de la
province de Chimara (ou Himare en albanais) sur la côte ouest de la mer
Ionienne au sud-est de l’Albanie. Une minorité grecque existe encore de nos
jours en Albanie méridionale. À l’époque, la population chrétienne du
sandjak [13]
d’Argyrokastro est supérieure à la population des Ottomans. L’émigration des
Grecs, de la région de Chimara vers Saint-Étienne, s’est poursuivie après
l’indépendance de l’Albanie. Les deux tiers des émigrants grecs d’Épire du Nord
sont enregistrés avec l'emploi de mineurs. Il y a aussi des immigrés grecs originaires de Thrace dont les deux tiers sont
nés à Constantinople.
L’immigration provenant des îles grecques s’étale, elle, sur
la période 1909 -1929. Les principales îles concernées par l’immigration
sont la Crète, Milos, Mytilène et Chio. Dans l’annuaire du téléphone de
Saint-Étienne on trouve encore aujourd’hui des noms se terminant en
« akis » ce qui montre une origine crétoise.
On trouve enfin des immigrés originaires des îles du
Dodécanèse, Rhodes, Symi, Chalkis, Kalimnos et Karpathos. L’immigration en
provenance des îles du Dodécanèse s’observe de 1907 à 1919. Les îles du
Dodécanèse vivaient traditionnellement de la pêche aux éponges. À partir de
1912, les Italiens occupent le Dodécanèse et concentrent l’activité de
l’archipel à Rhodes, ce qui entraîne le déclin des autres îles et l’émigration
de leur population.
Une part importante des immigrés grecs, ayant séjourné dans
la ville de Saint-Étienne, ont pour premier séjour déclaré une localité du
département la Loire. Dans les autres cas, la localité de premier séjour
déclaré se trouve essentiellement dans trois départements : les
Bouches-du-Rhône, l’Isère et le Rhône. On peut imaginer que le voyage se
faisant par bateau, tous les immigrés ont fait un séjour plus ou moins long
dans le port d’arrivée, la plupart du temps Marseille. Aucun immigré de
l’échantillon n’est officiellement passé par la région parisienne avant son
arrivée à Saint-Étienne. Pour les immigrés recrutés sous contrat par le
gouvernement français pour l’industrie de guerre, Marseille est une plate-forme
de distribution de cette main-d’œuvre vers les différentes usines en France.
Mais, avant juillet 1916, on constate qu’il y a très peu
d ‘arrivants dont le premier séjour déclaré en France se trouve en dehors
du département de la Loire. Il semble donc que le bassin de Saint-Étienne ait
été le pôle principal d’attraction de l’immigration grecque en France avant
juillet 1916, c’est-à-dire avant l’organisation de l’immigration grecque par
les autorités françaises.
La mobilité géographique des immigrants Grecs ayant séjourné
à Saint-Étienne est très importante. En effet, à fin 1926, il est passé
2 529 Grecs à Saint-Étienne pour un effectif maximum atteint de 566 à fin
1926. Le flux est donc cinq fois supérieur à l’effectif maximum atteint. Plus
de la moitié des premiers séjours ont une durée inférieure à un an. 20%
seulement des Grecs ayant séjourné à Saint-Étienne s’y sont fixés
définitivement.
Selon Dominique Kanonidis [14] citant
le Journal des Hellènes du 25 juin
1922, « à Saint-Étienne, la petite colonie hellénique qui compte surtout
des ouvriers a été maintenue après la guerre puisqu’ils sont obéissants et
travailleurs » ce qui n’exclut pas la mobilité à l’intérieur du bassin
industriel. La ville de Saint-Étienne a été la plaque tournante de
l’immigration grecque dans le bassin industriel. En effet 43,7% des immigrés
grecs ayant séjourné à Saint-Étienne viennent d’autres communes de la Loire et
38,1% des immigrés grecs qui quittent Saint-Étienne partent vers d’autres
communes de la Loire et plus précisément vers des communes du bassin
industriel. Quand les immigrés grecs quittent Saint-Étienne et la Loire, ils se
dirigent vers les grands centres urbains que sont Lyon Marseille ou Paris.
L’emploi des immigrés grecs et de leurs
descendants
Sur les fiches de
police 84% des immigrés grecs arrivant à Saint-Étienne se déclarent manœuvres
ou mineurs. Très peu d’entre eux déclarent une autre qualification
professionnelle, qui est dans ce cas, soit la profession de tailleur ou de
couturière, soit une profession d’ouvrier professionnel de la mécanique. La
Grèce, l’Empire ottoman et le Dodécanèse sont à l’époque des pays relativement
peu industrialisés, ce qui peut expliquer le manque de qualification des
immigrés grecs dans les métiers de l’industrie et leur manque de familiarité
avec ces métiers. Le métier d’agriculteur n’est jamais mentionné, sans doute
parce qu’il n’était d’aucune utilité de le revendiquer dans une démarche de
recherche d’un emploi dans une région industrielle comme celle de
Saint-Étienne.
Georges Mavridakis [15] dit à
propos des immigrés arrivés avant 1914 : « Les hommes travaillaient
comme manœuvres dans la sidérurgie et surtout les mines. Quelques-uns s’étaient
fait embaucher à la CFVE [16]. À
propos des personnes embauchées dans le cadre du contrat entre le gouvernement
français et le gouvernement hellénique, il déclare : « 300 personnes
échouèrent alors dans la région pour suppléer, dans les mines et les usines
métallurgiques, les ouvriers français mobilisés » [17].
Dans les entretiens avec les membres de la seconde
génération, la profession indiquée pour le père est presque toujours celle de
mineur. Dans un cas au moins, on observe des passages successifs de la mine à
l’industrie métallurgique. Selon Georges Mavridorakis [18],
l’intégration sociale et professionnelle a été réalisée dès la seconde génération
grâce à l’école : « La seconde génération des Grecs nés en France
avait tout de même fait sa percée dans le monde économique. Nos parents
consentirent de gros sacrifices pour que leurs enfants ne soient plus des
manœuvres, dans les mines ou dans les usines. Nous allions à l’école comme tous
les Français et beaucoup d’entre nous purent s’établir dans les professions
artisanales : tailleurs cordonniers, par exemple ou ouvrirent de petits
commerces dans le quartier Beaubrun-Tarentaize [19] surtout.
Rares, bien sûr étaient ceux qui purent, comme boursiers, faire des études au
lycée ou dans une faculté. Certains parmi nous, autodidactes, accédèrent à des
situations de responsabilité dans l’industrie ou purent créer de petites
entreprises industrielles ». Georges Mavridorakis était lui-même
expert-comptable. Les entretiens montrent que certains Grecs de la deuxième
génération ont aussi été ouvriers qualifiés dans l’industrie mécanique et
d’autres employés ou cadres dans les maisons de commerce. Un professeur de français
de l’université de Saint-Étienne est le fils d’un immigré grec.
Dominique Kanonidis [20] note que
« les activités commerciales et artisanales ont été le terrain privilégié
de la promotion sociale des Grecs,[...] l’ascension sociale des Grecs est plus
forte que celle des Belges Italiens ou Espagnols, cette mobilité sociale très
forte et très rapide peut s’expliquer par une aspiration à l’indépendance et à
la réussite sociale ». La réalisation de cette aspiration était
certainement plus difficile à Saint-Étienne que dans les grands centres urbains
de Lyon, Paris, ou Marseille et n’a pas été possible pour la première
génération mais seulement pour la deuxième.
La résidence des immigrés grecs
Pendant la période
étudiée les lieux de résidence des immigrés Grecs sont très concentrés. Trois
rues et une cité regroupent à elles seules plus de la moitié des adresses. Les
rues Michel Rondet , Tarentaize et des Jardins existent encore aujourd’hui,
elles sont proches des anciens puits de mine. Par ailleurs un grand nombre de
Grecs arrivés pendant la période qui va de juillet 1916 à décembre 1917 sont
hébergés à la « Cité Saint-Éloi » qui semble avoir été une cité d’accueil
pour les Grecs recrutés par les autorités françaises et qui a aujourd’hui
disparu et qui n’a pu être retrouvée dans les archives. Un certain nombre
d’immigrés grecs arrivant
à Saint-Étienne étaient logés chez des compatriotes. On peut supposer que ces
derniers tenaient des sortes d’hôtels pour l’hébergement des nouveaux
arrivants.
Le regroupement familial
Le regroupement familial, qui largement amorcé en 1925 (55%
hommes adutes) se stabilise en 1933 (41% d’hommes adultes) c’est-à-dire
vingt-cinq ans après le début de l’immigration et dix-sept ans après le pic
d’immigration de 1916.
La mortalité
Sur les registres d’état-civil de La
Ricamarie, on observe aussi une forte mortalité infantile dans les familles de
mineurs grecs,.
La mixité des mariages
Chez la première génération des immigrés grecs de
Saint-Étienne, le mariage entre Grecs est la règle et le mariage mixte est
l’exception. Il semble que le mariage mixte, avant la Seconde Guerre mondiale,
ait été mal accepté aussi bien par la société française que par la communauté
grecque notamment pour des raisons religieuses. La fille d’un Grec et d’une
Française qui s’étaient mariés en 1923 rapporte que sa mère avait perdu la
nationalité française du fait de son mariage et avait dû la redemander ensuite.
Aujourd’hui, selon le Père Krassakis, à la troisième génération, il y a entre
deux tiers et trois quarts de mariages mixtes. La liste des cotisants à
l’association cultuelle et cultuelle comprend seulement une moitié des noms
dont la consonance est grecque. En général, lorsque la mère est catholique, les
enfants sont élevés dans la religion catholique. On peut cependant observer des
cas de retour à la religion orthodoxe à la troisième et même à la quatrième génération.
L’église orthodoxe de Saint-Étienne
La date d’installation du premier lieu de culte orthodoxe
pour la communauté grecque de la région de Saint-Étienne diffère selon les
témoignages. Georges Mavridorakis [21] rappelle
les conditions difficiles de pratique du culte orthodoxe pour la communauté
dans ses premières années d’existence : « dans les débuts, l’église
c’était surtout nos parents et nos proches. Nous n’avions pas de prêtre parmi
nous et aucun lieu de réunion. C’est seulement en 1921, que la compagnie des
Houillères de Montrambert mit à notre disposition une petite maison à La
Ricamarie dont nos anciens s’empressèrent de faire un centre cultuel. Un prêtre
venait de temps à autre de Lyon ou de Pont-de-Chéruy, pour baptiser les enfants
ou célébrer les Saints Mystères. Mais notre communauté religieuse n’avait
aucune reconnaissance légal.e »
Dominique Kanonidis [22] cite
l’extrait suivant Journal des Hellènes du
25 juin 1922: « cette colonie très pieuse s’est fait représenter à notre
légation par une commission présidée par M. Tsecouris, à l’effet de prier le
gouvernement de lui envoyer un prêtre orthodoxe, afin de constituer une église
dans un vaste local que la Société des Mines met à sa disposition ». Cet
extrait montre que, dès cette époque, les Grecs de Saint-Étienne demandent, un
prêtre aux autorités grecques.
Simon Kristides [23] qui
était, en 2002, le président de l’Association cultuelle et culturelle orthodoxe
grecque de Saint-Étienne rapporte qu’« en 1924 après de nombreuses
démarches, la mairie de La Ricamarie consentit à nous prêter pour quelques
années une ferme délabrée et tous s’y sont mis énergiquement pour lui donner
l’air d’un semblant d’église. Nous n’avions pas de prêtre, alors, pour les
mariages, les baptêmes, les funérailles nous sollicitions celui de Lyon ou de
Grenoble. »
Le 30 novembre1930, la communauté grecque de la région de
Saint-Étienne reçoit Monseigneur Germanos, métropolite de Thyateira résidant à
Londres, exarque pour l’Europe occidentale et du Nord, pour la pose de la
première pierre d’une église grecque orthodoxe à Saint-Étienne. Selon A. de
Compigny Des Bordes [24] qui
relate l’événement, « cette église va être construite dans le quartier de
Bellevue sur un terrain acheté aux hospices civils, en bordure de la rue de
Firminy ».
L’office est célébré dans la chapelle de La Ricamarie, qui
est longuement décrite, de même que l’assistance par A. de Compigny Des Bordes
: « la maison non crépie, noirâtre, dans un pré, desservie par un étroit
chemin herbeux, ne donne, que par une croix de bois blanc, l’indication de sa
destination. La chapelle, constituée par une salle basse est pleine de fidèles
qui suivent debout les chants liturgiques, en grec. Quelques femmes sont en
jolies toilettes avec de fins profils athéniens ou smyrniotes. Beaucoup,
toutefois, de condition plus humble, âgées, sont vêtues de longues robes et se
couvrent la tête d’un mouchoir noir dont la pointe descend sur le dos. La salle
a de rares fenêtres, mais des lustres prodiguent la clarté de mille cierges.
Une cloison de bois sépare le sanctuaire de la foule. Les parois sont garnies
d’icônes rutilantes. Chacun des saints et des saintes a un nimbe d’or et une
profusion de fleurs. D’instant en instant, des fidèles s’approchent des images
se recueillent devant elles, font des signes de croix. L’autel est derrière la
cloison percée d’une porte à rideaux ouverts qu’on ferme au moment du
sacrifice ». Il ajoute au sujet de la photographie publiée :
« ce que l’image ne peut rendre, ce sont les couleurs vives, chatoyantes,
allant du vert tendre au rouge éclatant ; ni l’étincellement des ornements
d’or, croix pectorale et images saintes richement enchâssées. »
Cette description empreinte d’orientalisme montre que la
communauté grecque, avant la Seconde Guerre mondiale, paraissait quelque peu
exotique aux yeux des Stéphanois. Jusque-là ils avaient vu arriver surtout des
immigrés de confession catholique comme les Italiens ou les Polonais .
Un délai assez long s’écoule entre la pose de la première
pierre et la construction effective de l’église. Au cours de l’entretien du 11
février 2004, le Père Constantin Krassakis rapporte que les fondations furent
commencées avant la déclaration de guerre mais que l’église ne fut terminée
qu’après. Georges Mavridorakis déclare [25] pour sa
part qu’ « il fallut encore attendre la fin de la guerre 1939-45 pour
acquérir un terrain, à la Jomayère, en bordure de Saint-Étienne et construire
notre modeste église de la Sainte Trinité. Le prix réduit du terrain,
appartenant préalablement aux hospices, fut déterminant pour son
implantation ».
L’église de la Sainte Trinité ne sera construite que de 1949
à 1951. Simon Kristides [26] relate
les conditions de son financement : « C’est dans le restaurant
de mes parents que des Grecs lancèrent l’idée de construire une église pour
eux, pour cela ils demandèrent aux familles grecques (trois cents environ) une
cotisation mensuelle. Les salaires étaient très bas, il n’y avait pas de
sécurité sociale et c‘était une charge très lourde pour ces familles très
pauvres. Malgré cela tout le monde cotisait. Comme la communauté n’était pas
très riche chacun aida pour sa construction. Hommes et femmes, quelle ardeur
pour creuser les fondations, monter les murs et les charpentes ». Par
ailleurs Georges Mavridorakis [27] souligne
que « chacun eut à cœur de contribuer à financer, par une série de petits
dons, ou par des dons plus importants, la construction de l’église. Celle-ci
est vraiment l’œuvre de notre communauté, nous en sommes fiers.»
Tous ces témoignages montrent que le projet de construction
de l’église orthodoxe a été un élément fédérateur déterminant pour la
structuration de la communauté. En 2004, l’église de la Trinité [28] est une
église de dimension modeste peinte en gris bleu dans un quartier un peu isolé
de Saint-Étienne, à proximité de La Ricamarie. À partir de 1958, un prêtre
orthodoxe est affecté à Saint-Étienne, mais il partage encore ses activités
avec la communauté de Pont-de-Chéruy près de Lyon. La paroisse de la Sainte
Trinité connaît un vide de 1970 à 1972. En juin 1972, le Père Constantin
Krassakis est ordonné prêtre dans l’église de la Sainte Trinité à Saint-Étienne
par Monseigneur Mélétios, exarque du patriarche de Constantinople pour la
France. Le Père Krassakis, aujourd’hui archiprêtre [29], est le
prêtre de la paroisse de la Sainte Trinité depuis cette date.
Dès son arrivée en 1972, le Père Krassakis s’est attelé à la
recréation de la communauté grecque orthodoxe. Dans l’entretien du 11 février
2004, il estime que cette recréation « a été rendue possible grâce à Dieu,
grâce à la générosité des paroissiens, à l’aide des autorités locales, à la
mise en place d’un nouveau conseil paroissial faisant une place aux femmes, à
la présence à Saint-Étienne de philhellènes amis de la culture grecque ancienne
ou moderne, à l’université locale qui l’a chargé d’y donner des cours de langue
et de civilisation grecques, à l’ouverture de la communauté vers les autres
religions et les autres communautés locales, à la mise en œuvre d’activités
culturelles au sein de la paroisse (danses, conférences), grâce enfin aux
échanges avec d’autres villes grecques (notamment la ville de Patras qui est
jumelée avec la ville de Saint-Étienne) ».
À l’église de la Sainte-Trinité, l’office est célébré en
partie en grec et en partie en français. Mais aujourd’hui la paroisse n’est
plus exclusivement orthodoxe grecque. Elle s’ouvre aux immigrés de confession
orthodoxe de toute origine et notamment aux immigrés venant des pays de
l’ex-Empire soviétique. Ainsi lors de l’office, on peut entendre chanter dans
d’autres langues que le grec et le français.
L’église grecque entretient des liens avec les autres
églises chrétiennes locales, l’église catholique romaine, l’église protestante
et l’église arménienne. Le prêtre de l’église de la Sainte Trinité fait partie
du comité local de l’œcuménisme. Il témoigne [30] de ces
bonnes relations : « À titre personnel, je dois dire ma
reconnaissance à nombre de prêtres catholiques stéphanois. Ils m’ont accueilli
avec un large esprit de fraternité et ils m’ont beaucoup aidé dans le départ de
mon ministère. Des paroisses catholiques m’ont prêté des salles pour faire du
catéchisme, pour enseigner le grec à mes jeunes paroissiens pour les initier
aussi au chant liturgique. C’était me disaient-ils, pour eux, vivre
l’œcuménisme.
L'association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne et de ses environs
Selon Georges
Mavridorakis [31] ancien
président de l’Association cultuelle grecque orthodoxe, cette association de
type loi de 1901 a été créée en 1930. Elle existe encore aujourd’hui sous le
nom d’Association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne et
de ses environs. Une salle paroissiale a été construite en 1980 à proximité
immédiate de l’église de la Sainte Trinité. Elle abrite les locaux de
l’Association cultuelle et culturelle ainsi que l’école grecque.
Après l’office religieux, les assistants se rendent dans la
salle paroissiale attenant à l’église pour partager un café et des gâteaux en
présence du prêtre, ce qui illustre la proximité soulignée par le Père
Constantin Krassakis, entre laïcs et ecclésiastiques dans la religion
orthodoxe. La pratique religieuse semble donc constituer un support important
de la vie sociale de la communauté.
Tous les ans, en juin, à l’occasion de la fête paroissiale
de la Sainte Trinité, l’association organise des rencontres inter-paroissiales
avec les communautés grecques de Lyon, Grenoble et Pont-de-Chéruy. Lors de ces
rencontres une messe est célébrée, un repas est organisé et des danses
populaires grecques sont exécutées. Au sein de l’Association, le groupe Olympe
est en charge de l’apprentissage et la pratique de ces danses populaires
grecques.
L’association cultuelle et culturelle est donc le pivot de
la vie de la communauté. Le lien affirmé dansl’intitulé même de l’Association
entre les activités laïques et culturelles est permanent et très fort.
L’enseignement du grec
Le prêtre de la paroisse de la Sainte Trinité est également
instituteur, appointé par le gouvernement grec pour faire l’école du mercredi
et du samedi aux enfants d’origine grecque âgés de 4 ans à 17-18 ans. Selon un
témoignage recueilli au cours des entretiens, l’école grecque réunit une
quinzaine d’élèves. L’université de Saint-Étienne dispense de son côté un
enseignement de langue et de civilisation grecques. Les Grecs de la deuxième génération
dont les parents étaient tous les deux Grecs, parlent encore le grec, ils l’ont
appris chez eux mais généralement pas à l’école.
Le consulat de Grèce à saint-Étienne
Dans l’entretien accordé au journal La Tribune et publié le trois septembre 2003, le consul honoraire
de Grèce à Saint-Étienne, qui n’est pas lui-même d’origine grecque, rappelle
que le consulat de Saint-Étienne existe depuis 1923 et qu’il a été fermé de
1940 à 1944 pendant l’occupation allemande. Le consulat grec de Saint-Étienne
représente la communauté grecque de la Loire et de la région Auvergne.
Aujourd’hui en raison de l’appartenance de la Grèce à l’Union européenne le
consul intervient assez peu pour les passeports et les visas, il intervient
surtout pour des successions avec les parentés en Grèce. Par ailleurs le
consulat prépare la fête annuelle de l’indépendance du 25 mars et participe à
la fête de la paroisse de la Sainte Trinité en juin.
Les relations de la communauté grecque avec les autorités locales
Les autorités locales sont associées aux événements
marquants de la vie de la communauté. Ainsi, le 30 novembre 1930, le maire de
Saint-Étienne assistait à la pose de la première pierre de l’église grecque. En
1980, le maire de Saint-Étienne assistait à l’inauguration de la salle
paroissiale orthodoxe grecque. En 1990, la communauté grecque de Saint-Étienne
a été associée au jumelage de la ville de Saint-Étienne avec la ville grecque
de Patras et continue depuis de participer régulièrement aux échanges entre les
deux villes.
Les relations de la communauté grecque avec les philhellènes
de Saint-Étienne
L’association Présence
de l’hellénisme moderne est une association de philhellènes qui fonctionne
sous l’égide de la faculté de lettres de l’université de Saint-Étienne. Elle
organise des conférences et des réunions auxquelles l’association cultuelle et
culturelle est associée. Par ailleurs un certain nombre d’habitants de
Saint-Étienne, amis de la Grèce assistent aux festivités organisées par la communauté grecque.
La mémoire de la communauté grecque
Joël Candau [32] affirme
que « si l’histoire vise à éclairer du mieux possible le passé, la mémoire
cherche plutôt à l’instaurer». Il distingue la mémoire familiale et la mémoire
collective « La mémoire familiale est la mémoire qui embrasse tout le
vécu d’une famille [..] « La notion de mémoire collective est [..] bien
pratique car on ne voit pas comment désigner autrement que par ce terme
certaines formes de conscience du passé (ou d’inconscience en cas d’oubli)
apparemment partagées par ensemble d'individus.
La mémoire familiale
La mémoire familiale des membres de la deuxième génération, concernant l’histoire de leurs parents,
est parfois précise, parfois très floue. Simon Kristides raconte [33]:
« Mes parents originaires d’Asie Mineure sont arrivés en France avec leurs
trois enfants. Mon père est né en 1892 à Nevshéir et ma mère à Nigdé en 1894,
villes se trouvant en Anatolie. Ils se marièrent en 1914. Le père de mon père
possédait une ferme importante très convoitée par les autorités turques :
ce n’était que brimades, humiliations et même menaces de mort. Alors toute la
famille se replia à Constantinople chez un frère de mon père qui possédait une
épicerie, abandonnant tout son patrimoine. Mais les menaces de mort
continuaient de plus belle. Exaspérés, mes parents décidèrent de s’expatrier en
France avec leurs trois enfants. Une connaissance du frère de mon père lui
avait donné une vague adresse comme point de chute en France :
« Socrate, La Ricamarie » Après bien des péripéties, ne connaissant
pas un mot de français, ils arrivèrent à bon port. Le brave homme les prit en
charge. Le frère de mon père lui avait donné une petite somme d’argent. Mon
père étant cuisinier, il acheta un petit restaurant qui devint rapidement le
lieu de rencontre de nombreuses familles grecques ».
À l’opposé de ce cas, la fille d’un immigré grec et d’une
Française dit, elle, avoir souffert de ne pas savoir d’où venait sa famille.
Elle n’est même pas sûre du nom de son père : en effet deux noms
différents apparaissent alternativement sur les papiers qu ’elle a
conservés. Elle a une incertitude sur la date d’arrivée en France de son père
ainsi que sur son lieu de naissance précis en Asie Mineure. Ces incertitudes
peuvent s’expliquer par le fait que son père était déserteur de l’armée turque.
Elle ignore si la famille de son père était fortunée bien qu’elle le suppose.
Elle se souvient que son père plaçait son argent en Grèce en emprunts de la
Banque nationale de Grèce et elle évoque les démarches difficiles de sa mère
pour obtenir le remboursement de ces emprunts. Cette même personne évoque les
relations d’hostilité des Français vis-à-vis des immigrés : son père était
traité de « métèque » par son beau-frère français qui avait fait la
campagne de Salonique, et le prêtre catholique avait refusé de faire pour lui
des obsèques religieuses.
Il y a dans les entretiens non seulement dans plusieurs cas
une incertitude sur la date d’arrivée en France du premier arrivant mais aussi
parfois une incertitude sur sa date de naissance. La mobilité géographique et
professionnelle des immigrés de la première génération est évoquée par tous les
enquêtés. Les femmes travaillaient parfois à la mine, un des enquêtés évoque sa
mère qui était « clapeuse » [34].
Certains immigrés recevaient la visite de parents venant de
Grèce. Ces derniers pouvaient présenter un aspect exotique pour les enfants
d’immigrés grecs nés en France, un des enquêtés se souvient par exemple de la
visite « d’une dame avec une pipe » qui venait de Grèce.
Les lieux présents à la mémoire des enquêtés sont d’une part
l’église de La Ricamarie et celle de la Sainte Trinité à Saint-Étienne et
d’autre part des cafés qui étaient des lieux de réunion de la communauté
grecque comme le café Le Clapier [35] et le Café Rizzi. Certains se souviennent
d’un groupe de danses grecques et d’un bal grec. Il semble que la communauté se
soit structurée autour d’immigrés originaires d’Asie Mineure peut-être parce
que leur besoin de recréer une communauté, du fait de l’impossibilité pour eux
de retourner au pays natal, était chez eux plus fort que chez les immigrés
Grecs originaires d’autres régions.
La mémoire des descendants de la troisième génération paraît
très parcellaire. Le petit-fils d’un immigré se souvient seulement de ce que
son grand-père était venu en France pendant la Première Guerre mondiale pour
travailler dans les usines d’armement. La petite-fille d’un immigré Grec,
souffrant de ne savoir que très peu de choses concernant son grand-père, se
livre à une véritable recherche à partir de documents administratifs, de sites
Internet, de différents courriers. Cette recherche a trait à l’histoire de son
grand-père en Turquie avant l’émigration, à sa carrière professionnelle en
France, mais aussi plus généralement à l’hellénisme et aux événements qui ont
entraîné l’émigration des Grecs d’Asie Mineure.
La mémoire collective
Dans un des entretiens une personne de la deuxième génération déclare : « Tous les Grecs travaillaient à la mine » Plusieurs évoquent la mortalité précoce des mineurs : « tous ceux qui ont travaillé dans les mines sont morts jeunes de la silicose, ils travaillaient à l’avancement [36] ». Dans un autre entretien, on trouve cette affirmation : « une grosse majorité (des immigrés) arrivait de l’Asie Mineure, ils sont morts jeunes ». Ainsi, on observe une sorte de généralisation à partir de situations particulières. L’archétype de l’immigré grec du bassin industriel de Saint-Étienne est un Grec venu d’Asie Mineure pour travailler dans les mines et mort jeune de la silicose. Cécile Zervudacki [37] fait une observation similaire au sujet des Grecs de Pont-de-Chéruy : « Le sentiment communautaire a privilégié un mythe fondateur politique ».Les responsables religieux et associatifs de la communauté se sentent investis d’une mission de transmission de la mémoire de la communauté. Simon Kristides [38], ancien président de l Association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne, écrit : « quand a sonné l’heure de la retraite, je suis entré tout naturellement au bureau de la Communauté en hommage à la mémoire de mes parents ». Ainsi la participation à l’activité communautaire apparaît comme un devoir moral vis-à-vis des membres de la première génération, ceux qui ont souffert.La mémoire collective de la communauté est d’abord celle de
l’immigration des Grecs dans le bassin industriel. Georges Mavridorakis [39] rappelle
qu ‘en 1914, 60 familles originaires de Crète et d’Albanie sont employées
dans la vallée de l’Ondaine dans la sidérurgie, les mines ou à la CFVE. Il
rappelle aussi que « en 1916, le gouvernement français signa un contrat
avec le gouvernement hellénique pour un apport de main-d’œuvre. 300 personnes
échouèrent alors dans la région (de Saint-Étienne), pour suppléer, dans les
mines et les usines métallurgiques les ouvriers Français mobilisés. La plupart
venaient d’Asie Mineure ». Ce chiffre est proche de celui qui résulte de
l’exploitation des fiches de police pour l’année 1916 et qui est de 350. En
revanche si on fait la somme des arrivées de 1916 et de 1917, l’estimation de
Georges Mavridorakis paraît un peu sous-évaluée.
Georges Mavridorakis remarque aussi que « après la
terrible guerre » (la guerre gréco-turque de 1922) « ce fut l’apogée
de notre groupe ethnique dans le bassin stéphanois. On y comptera alors plus de
400 familles » Le chiffre de 400 familles peut être comparé avec
l’effectif total maximum de 704 « hommes » qu’on trouve dans la
statistique semestrielle des étrangers de fin 1926. La différence peut
s’expliquer par le fait que les célibataires ne sont sans doute pas comptés
comme chefs de famille, mais ce n’est là qu’une hypothèse. Il ajoute que
« beaucoup d’hommes qui avaient travaillé comme mineurs moururent
prématurément des suites de la silicose à l’âge de 40-45 ans ».
L’histoire de la présence grecque dans le bassin industriel,
retracé par Georges Mavridorakis, est au total assez proche de celle qui
apparaît au travers des statistiques semestrielles des étrangers de la
Préfecture ainsi qu’au travers des fiches individuelles du commissariat de
police de Saint-Étienne.
Le consul honoraire de Saint-Étienne, Gabriel Ducros-Grenet,
dans l’entretien qu’il a accordé au journal régional, La Tribune, le 3 septembre 2003 indique, quant à lui, que beaucoup
d’immigrés grecs sont venus aux alentours de 1920 pour travailler dans les
mines.
Le Père Constantin Krassakis dans l’entretien du 11 février
2004 souligne la grosse vague d’immigration de travailleurs Grecs en 1923 dans
la région, qui venaient travailler à la mine et il souligne qu’une grande
partie d’entre eux sont morts jeunes.
Au fur et à mesure que le temps passe, il semble donc que la
mémoire collective retient l’émigration la plus récente c’est-à-dire celle de
1923 et 1924 et que l’existence d’une immigration antérieure semble tomber peu
à peu dans l’oubli .
Les autorités religieuses ne se contentent pas d’entretenir
la mémoire de l’immigration, elles entretiennent aussi une forme de patriotisme
en rappelant à la communauté les événements fondateurs de l’État grec, comme le
soulèvement du peuple grec contre l’occupant ottoman le 25 mars 1821. Dans un
tract diffusé par le bureau de l’église invitant à la commémoration du 25 mars
1821 et de la fête de l’annonciation, le prêtre de la paroisse écrit :
« Et un jour, le 25 mars 1821[40], le tison
s’enflamme, un “David” doit combattre contre un “Goliath”. Vous connaissez le
miracle de ce combat, il ouvre une nouvelle page glorieuse pour l’histoire
grecque déjà très brillante ».
L’institution fait par ailleurs référence en permanence à
l’orthodoxie, ainsi Simon Kristides [41] assure
que »nous faisons le maximum pour préserver et embellir le patrimoine que
nos Anciens nous ont laissé et entretenir la flamme de l’orthodoxie dans notre
région ».
Foi, traditions, langue, église, patriotisme forment un tout
comme l’illustre un extrait du tract déjà évoqué : « Ainsi durant
quatre cents ans, nous devenons inexistants aux yeux du monde entier, mais
c’est peu compter sur les racines de l’hellénisme : notre foi en Dieu, nos
traditions, notre langue, notre église vont nous permettre de resurgir en tant
que race et nation ».
Ainsi la mémoire collective de la communauté grecque de Saint-Étienne dépasse progressivement l'histoire particulière de l'immigration grecque dans le bassin industriel pour intégrer une mémoire de l'hellénisme, sociale, culturelle et religieuse et nationale transmise et entretenue par les cadres sociaux.
Ainsi la mémoire collective de la communauté grecque de Saint-Étienne dépasse progressivement l'histoire particulière de l'immigration grecque dans le bassin industriel pour intégrer une mémoire de l'hellénisme, sociale, culturelle et religieuse et nationale transmise et entretenue par les cadres sociaux.
Le sentiment identitaire des membres de la communauté grecque
La communauté grecque de la région de
Saint-Étienne qui est peu nombreuse et qui est issue d’une immigration qui
s’est arrêtée depuis longtemps est-elle en train de s’assimiler complètement à
la société française, ou bien ses membres de la deuxième, troisième et
quatrième générations, ont-ils gardé un sentiment identitaire grec ?
Une descendante d’immigrés grecs,
appartenant à la deuxième génération pense que la communauté grecque est en
train de s’éteindre car dit-elle « on n’est pas assez nombreux ». Le
prêtre de la paroisse estime que « l’intégration de la communauté grecque
dans la société française est totale car les Grecs ont une même civilisation,
une même religion que les Français ». Pourtant il affirme aussi que
« la communauté grecque “ morte “ dans les années soixante-dix
est devenue le modèle d’une petite communauté qui continue à survivre grâce à
son ouverture et à la collaboration entre ecclésiastiques et laïcs, mais qu’une
inquiétude existe ».
Pour un descendant de l’immigration grecque,
l’affirmation de son appartenance à la communauté grecque se manifeste d’abord
par sa cotisation régulière à l’Association cultuelle et cultuelle orthodoxe
grecque. L’intitulé même de l’association montre la revendication simultanée
d’une identité religieuse et d’une identité culturelle. L’identité culturelle
n’est pas liée aux origines géographiques particulières de l’immigration qui
peuvent être la Crète, l’Asie Mineure, l’Albanie ou le Dodécanèse, c’est une
identité culturelle grecque « standardisée ». Ainsi, le groupe Olympe
présente des danses du Péloponnèse, alors que cette région de Grèce n’a pas
fourni de contingents importants à l’immigration grecque de la région de
Saint-Étienne.
Un immigré grec de Saint-Étienne, arrivé
après la Seconde Guerre mondiale, ce qui constitue une exception dans la
communauté, explique le désintérêt des descendants d’immigrés grecs pour la
participation à l’activité communautaire par le fait « qu’elle est trop
centrée sur la religion ». Son opinion ne paraît pas toutefois partagée
par les autres personnes rencontrées.
La petite-fille d’un immigré met l’accent
sur les traditions grecques : « les Grecs ont un meilleur respect des
traditions (que les Français) ». Elle estime que les relations entre Grecs
sont plus chaleureuses que les relations qui existent généralement entre
Français. Elle souligne que dans la communauté grecque, il n’y a pas
de « barrière de générations». Toutes les générations sont respectées
et en particulier, les femmes âgées à qui il arrive qu’on dise « qu’elles
sont belles ». Il semble donc que le fait d’appartenir à la communauté
grecque permet de vivre des relations sociales plus intenses que dans la
société française, sans pour autant renoncer à aucun des bénéfices de
l’intégration.
Cette petite fille d’immigré assiste à
l’office orthodoxe, alors qu’elle a été élevée dans la religion catholique,
parce que dit-elle, elle y rencontre des Grecs. Sa propre fille, qui
appartient, elle, à la quatrième génération, fréquente aussi l’office
orthodoxe. Il semble donc que pour certains descendants de l’immigration
grecque, élevés dans la religion catholique, la religion orthodoxe exerce un
réel pouvoir d’attraction.
L’appartenance de la communauté grecque de
Saint-Étienne à la communauté grecque mondiale se manifeste par la
commémoration annuelle des fêtes nationales de l’État grec : celle du
soulèvement du 25 mars 1821 et celle du « 'Oxi » [42] du
28 octobre 1940. La mémoire de l’histoire nationale grecque est donc un élément
fédérateur de la communauté. Le lien entre l’orthodoxie et l’histoire nationale
grecque est souligné par le prêtre de la paroisse. Il écrit notamment:
« pour nous, Orthodoxes grecs, le 25 mars est une fête doublement
réjouissante, une fête historique et religieuse, le rendez-vous de deux
événements marquants de notre existence de peuple chrétien, une fête dans laquelle
nous retrouvons chaque année les vertus de notre race, de notre foi profonde en
Dieu, de nos valeurs chères, telle la liberté ».
De nombreux membres de la communauté se
rendent régulièrement en Grèce, surtout ceux qui y ont encore de la famille
mais la transmission de la langue grecque semble poser un réel problème. En
effet, selon le prêtre de la paroisse, malgré l’existence de l’école grecque et
de l’enseignement de la langue grecque à l’université, les membres de la
troisième génération ne parlent pas grec. La langue grecque ne parait donc plus
être le vecteur essentiel du sentiment identitaire. Cette observation recoupe
celle de Cécile Zervudacki qui à propos des Grecs de Pont-de-Chéruy,
écrit [43]: « ne
pas parler grec n’est pas une preuve qu’on n’est pas grec, parler le grec est
la preuve qu’on est grec» […], la langue est un vecteur identitaire très peu
investi ». Étant donné le rôle historique important de la pratique du
grec, dans la survie de l’hellénisme, on peut se demander si les communautés grecques
peuvent durablement sauvegarder leur identité sans un maintien de cette
pratique.
Chez les membres de la communauté, les
fondements du sentiment identitaire grec sont donc aujourd’hui les traditions
familiales, sociales et plus généralement culturelles de l’hellénisme, ainsi
que l’orthodoxie, et la référence à l’histoire nationale grecque.
Sources
Service historique de l'armée de terre
7N 934, 7N 994 et 7N 997 : Travailleurs grecs.Archives départementales de la Loire
4M 438 : Statistique des étrangers au 1/1/1914.
4M 439 : Statistique des étrangers au 1/1/1915.
4M 441 : Statistique des étrangers au 1/1/1916.
4M 442 : Statistique des étrangers au 1/1/1926.
4M 444 : Statistique des étrangers au 1/1/1927.
4M 446 :Statistique des étrangers au 1/1/1928.
4M 448 : Statistique des étrangers au 1/1/1929.
4M 449 : Statistique des étrangers au 1/1/1933.
4M 450 : Statistique des étrangers au 1/1/1934.
4M 451 :Statistique des étrangers au 1/1/1935.
4M 452 : Statistique des étrangers au 1/1/1936.
4M 453 : Statistique des étrangers au 1/1/1937.
4M 1090 à 1096 : Fiches individuelles des étrangers du
Commissariat de Saint-Étienne.
INSEE
Dénombrement des étrangers en France (1891).
Statistique générale de la France (1901, 1911, 1921, 1926, 1931 et
1936).
Annuaire statistique de la France Résumé, rétrospectif, Paris,
INSEE (1966).
Recensement général de la population, Paris, INSEE (1975).
Recensement de la
population exploitation thématique, Paris, INSEE (1999).
[1]
Cet article est tiré du mémoire de maîtrise La
communauté grecque du bassin industriel de Saint-Étienne de l’auteur
(2004), Institut national des langues et civilisations orientales, Paris. Il a été publié dans Saint-Étienne Histoire et Mémoire
n° 222, juin 2006.
n° 222, juin 2006.
[2] Le départ forcé des Grecs d’Asie Mineure
suite à la défaite de la Grèce contre les Turcs et à l’échange obligatoire des
populations grecques et turques stipulé par le traité de Lausanne en 1923
[3]
Les statistiques semestrielles des étrangers par commune pour la période
1912-1935, disponibles dans les archives départementales, montrent que fin
1925, on compte 1 111 Grecs dans le département dont 1 098 dans le
bassin industriel de Saint-Étienne.
[4]
Dans l’entretien du 9 décembre 1981 déjà cité.
[5]
Dans l‘entretien du 9 décembre 1981
[6]
Cécile Zervudacki (1986), « Religion et urbanisme à propos de la
communauté grecque de Pont-de-Chéruy », Terrain, octobre.
[7]
Huguette Ferré (1988), Une migration
réussie : les Grecs à Port-de-Bouc. Réflexions sur l’insertion des immigrés,
Thèse de médecine. Faculté de Médecine de Marseille
[8]
Michel Bruneau (1986) »Une immigration dans la longue durée : la
diaspora grecque en France » Lille, Espaces
Populations Sociétés, 2-3 p 485-495.
[9] La défaite des Grecs contre les Turcs et
le départ forcé des Grecs d’Asie Mineure
[10]
Cécile Zervudacki (1988) La communauté
grecque de Pont-de-Chéruy, rapport de recherche, Ministère de la Culture,
Mission du patrimoine ethnologique.
[11] Datez de la prise de Smyrne par les Turcs
[12]
L’Épire du Nord se trouve actuellement en Albanie
[13]
Circonscription administrative ottomane.
[14]
Dominique Kanonidis (1992), Essai sur
l’immigration grecque en France au 20e siècle, Mémoire de
maîtrise, Centre de recherches historiques et juridiques, Paris I.
[15]
Entretien du 9 décembre 1981
[16]
Compagnie ferroviaire à voie étroite, compagnie de tramways de Saint-Étienne.
[17]
Dominique Kanonidis dans son essai déjà cité observe que pendant la première guerre mondiale, les immigrés grecs arrivent à
Marseille et sont dirigés par train sur les sites de l’industrie de guerre et
qu’à Saint-Étienne on les affecte à la Société des mines et à la Manufacture
d’armes.
[18] Entretien du 9 décembre 1981.
[19]
Un des quartiers de Saint-Étienne où se trouvent les mines de charbon.
[20]
Dans son essai déjà cité .
[21]
Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[22] Dans son mémoire déjà cité
[23] Simon Kristides (2002) « Sainte
Trinité » Acropolis, n° 68, p
4-5, Marseille.
[24] Dans l’article déjà cité de la Région illustrée
[25]
Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[26] Dans l’article d’Acropolis déjà cité
[27]
Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[28]
Située au 51 ter, rue de la Jomayère.
[29]
Le rang le plus élevé accessible à un prêtre marié dans l’église orthodoxe
grecque.
[30] Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[31]
Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[32] Joël Candau (1996) Anthropologie de la mémoire, Paris, PUF.
[33] Dans l’article d’Acropolis déjà cité.
[34]
Trieuse dans les mines..
[35]
Le Clapier est un quartier de Saint-Étienne près des puits de mines. Il vient
du mot « claper », trier.
[36]:
Dans les mines, front d’attaque d’une galerie de creusement (suivant la
définition du Grand Larousse en 5 volumes, 1992).
[37] Dans son rapport de 1988 déjà cité.
[38] Dans l’article d’Acropolis déjà cité.
[39] Entretien du 9 décembre 1981.
[40] Date du soulèvement des Grecs contre
l’occupant ottoman.
[41] Article d’Acropolis
déjà cité.
[42]
Ce qui veut dire non en grec. Cette fête commémore le refus par Métaxas de
l’ultimatum de Mussolini. à la Grèce.
[43] Dans son rapport déjà cité de 1988.
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