jeudi 7 janvier 2016

La communauté grecque du bassin industriel de Saint-Étienne [1]

 



De nombreuses communautés issues de l'immigration vivent depuis longtemps à Saint-Étienne et dans sa région. La communauté grecque est l'une d'entre elles mais elle ne fait pas partie des plus importantes.
En 2004, une église orthodoxe grecque existe encore à Saint-Étienne, ce qui montre que la communauté grecque est encore vivante à cette date. En outre, à cette même date, un descendant d’immigré grec de la troisième génération, habitant Saint-Chamond, relate que son grand-père était arrivé dans la région stéphanoise pendant la grande guerre, pour travailler dans les usines d’armement françaises. Ce témoignage montre que le début de l’immigration grecque dans la région est antérieur à 1918.
Dans le roman Et ainsi de suite publié par la romancière grecque Elli Alexiou  en 1964, un passage est consacré aux immigrés grecs originaires d’Asie Mineure, qui travaillaient dans les mines de Saint-Étienne. Le héros du livre, un journaliste grec qui a émigré en 1945 vers la France avec une bourse du gouvernement français, se rend à Saint-Étienne pour rencontrer les mineurs grecs et écrit à leur sujet : 
«Beaucoup de Grecs étaient installés là depuis la catastrophe d’Asie Mineure [2]. Ils travaillaient dans les mines de charbon. C’étaient des gens qui avaient été expulsés, qui avaient été torturés, qui avaient quitté les chemins embaumés de Trébizonde et de Samsun bordés de peupliers et d’acacias, la mer, leur travail dans les jardins et dans les oliveraies, en plein air, sous un ciel tout bleu, pour venir creuser dans des galeries sombres, humides, aux parois noires, dans les profondeurs de la terre. Dans un endroit où les routes, les pierres et la cour des maisons sont recouvertes de poussière de charbon. En deuil pour toujours. Les plus âgés d’entre eux vous parlaient en toussant. Tant d’années passées dans cet endroit avaient rempli de charbon les vaisseaux mêmes où circulait leur sang. Ils toussaient en projetant des crachats noirs. ».
Près de cent ans après le début de l'immigration grecque, le présent article examine, à partir de documents présents dans les archives départementales de la Loire ainsi que d'entretiens avec des membres de la communauté grecque, l'histoire des immigrés grecs dans le bassin industriel de Saint-Étienne, leur implantation géographique, leurs conditions de vie, leur intégration, leur vie religieuse et culturelle, les relations de la communauté grecque avec les autorités et le reste de la population, sa mémoire collective et le sentiment identitaire chez les descendants des immigrés grecs.


L'immigration grecque dans le dans le bassin industriel de Saint-Étienne

Le bassin industriel de Saint-Étienne s’étend au sud du département de la Loire, sur les vallées du Gier et de l’Ondaine, depuis Rive-de-Gier au nord-est jusqu’à Unieux au sud-est. Il correspond à l’actuelle communauté d’agglomération de Saint-Étienne Métropole. Les principaux centres urbains de ce bassin sont Saint-Étienne, Saint-Chamond et Firminy. Avant la seconde guerre mondiale, les principales industries du bassin industriel de Saint-Étienne sont les mines de charbon, les forges, les aciéries, les industries mécaniques de transformation comme les manufactures d’armes et de cycles et les ateliers textiles. C’est une région ouvrière qui a attiré depuis très longtemps de nombreux immigrés, d’abord des Italiens dès le XIXe siècle, puis au XXsiècle des Polonais, des Arméniens, des Grecs, des Espagnols des Portugais et enfin des Algériens et des Marocains.
La quasi-totalité des Grecs du département de la Loire se trouve dans le bassin industriel de Saint-Étienne, les autres communes n’en comptant que quelques unités[3].
Les  effectifs donnés par la Statistique générale de la France pour le département de la Loire donnent donc une image quasi exacte des effectifs du bassin industriel de Saint-Étienne
Des statistiques de population de nationalité grecque par département et par nationalité sont disponibles dans les résultats des recensements de 1901, 1911, 1921, 1926, 1931, 1936 de la Statistique générale de la France. Ces statistiques montrent que l’immigration grecque dans le département de la Loire a commencé entre 1901 et 1911, qu’elle a culminé en 1926 avec un effectif de 1281, et qu’elle a fortement décru à partir de cette date.
On peut souligner que le département de la Loire a été, jusqu’en 1926, le troisième département pour l’importance numérique de l’immigration grecque en France, derrière les départements de la Seine et des Bouches-du-Rhône. Dans la région Rhône-Alpes, ce sont les départements du Rhône et de l’Isère qui ont ensuite occupé cette troisième position. On peut penser qu’un certain nombre d’immigrés Grecs étant, dans un premier temps, venus dans la Loire, sont ensuite partis vers d’autres départements français.
On pourrait penser, pour expliquer la baisse de l’effectif de Grecs de nationalité grecque entre 1926 et 1936, qu’un nombre significatif d’immigrés grecs ont été naturalisés pendant cette période. Il n’en est rien, les naturalisations des immigrés grecs de première génération sont rares jusque 1936, 26 seulement à cette date. Une personne de la seconde génération dit en parlant de son père : « il ne voulait pas se faire naturaliser » sans pouvoir en donner la raison. Les nombreux Grecs qui ont quitté le département de la Loire l’ont fait avant d’avoir demandé ou avant d’avoir pu obtenir la nationalité française. Le processus de naturalisation des Grecs dans le département de la Loire été plus lent que pour l’ensemble de la France. En 1936, pour l’ensemble de la France, le rapport entre le nombre de Grecs naturalisés au nombre total de Grecs naturalisés ou non, est de 11,8% alors qu’il n’est que de 5% dans la Loire à la même date. Rien ne permet de savoir si cette différence est imputable à une attitude particulière de l’administration locale ou à un comportement spécifique de la population grecque immigrée dans le département de la Loire.
L’absence de statistiques de population grecque et de population de Grecs naturalisés par département, dans les recensements postérieurs à 1945 ne permet pas de voir comment s’est poursuivi le mouvement de naturalisation.
Dans un entretien accordé au journal La Tribune du 3 septembre 2003, le consul honoraire de Grèce à Saint-Étienne donne un ordre de grandeur de l’importance de la communauté : « le département de la Loire et la région Auvergne comptent entre 100 et 150 familles d’origine grecque par les parents ou les grands-parents, 90% de ces familles se trouvent dans la Loire sur l’axe Le Puy Saint-Étienne. Pour sa part, le Père Constantin Krassakis, archiprêtre de la paroisse orthodoxe de la Sainte Trinité , dans un entretien accordé à l’auteur le 11 février 2004, cite le chiffre de 130 familles dont 40 familles non mixtes. Ce chiffre de 130 se retrouve dans le nombre de cotisants à l’Association cultuelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne.
Les chiffres publiés par l’INSEE ne permettent pas de connaître l’effectif des Grecs présents aujourd’hui dans le bassin industriel de Saint-Étienne mais la quasi-totalité des membres de la communauté est désormais de nationalité française comme le montre le chiffre très faible (84) de titres de séjour, délivrés à des Grecs en 1981 dans le département de La Loire.
En revanche l’évolution des effectifs, pour la période 1912-1935 peut être connue de façon précise, année par année et commune par commune, grâce aux statistiques semestrielles des effectifs d’étrangers déclarés par les communes du département de la Loire à la Préfecture. Ces statistiques n’existent malheureusement pas pour toutes les années de la période, en particulier elles manquent pour les années 1916 à 1924. Elles permettent de retracer partiellement l’historique de la présence grecque dans le bassin industriel de Saint-Étienne et apportent des renseignements intéressants sur la composition hommes femmes.
On peut rapprocher le chiffre de 919 à fin 1928 obtenu à partir de ces statistiques, du chiffre figurant dans l’article de A. de Compigny des Bordes « La fondation à Saint-Étienne de la première église orthodoxe grecque de notre région » paru dans le numéro 50 de la Région illustrée en janvier 1931. On y trouve la précision suivante : « une importante colonie grecque réside dans la région stéphanoise. Elle comprend plus d’un millier de personnes réparties dans nos cités industrielles : Saint-Étienne, Rive-de-Gier, Terrenoire, Firminy, Le Chambon-Feugerolles, La Ricamarie ».
Les statistiques départementales d’effectifs ne sont malheureusement pas disponibles pour la période 1916-1918, période au cours de laquelle de nombreux de Grecs sont recrutés par les autorités françaises pour l’industrie de guerre de la France. On peut approcher cette période au travers du témoignage de Georges Mavridorakis, ancien président de l’association cultuelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne, dans l’entretien du 9 décembre 1981 qu’il avait accordé, conjointement avec le Père Constantin Krassakis, archiprêtre de la paroisse de la Sainte Trinité, au Père Étienne Garnier délégué du diocèse de Lyon à l’œcuménisme. Georges Mavridorakis indique que : « en 1916 le gouvernement français signa un contrat avec le gouvernement hellénique pour un apport de main-d’œuvre. Trois cents personnes échouèrent alors dans la région (stéphanoise) pour suppléer, dans les mines et les usines métallurgiques, les ouvriers français mobilisés. La plupart venaient d’Asie Mineure ». Il ajoute : « cependant après la fin de la guerre, plusieurs familles regagnèrent leur lieu d’origine, surtout des Crétois et des Milésiens ».
Des départs importants ont eu lieu en 1927 puisque l’effectif de Grecs du bassin industriel décroît en une seule année de 1286 à 994 et perd donc près de 300 personnes. On peut supposer qu’à cette date de nombreux Grecs immigrés dans le bassin industriel de Saint-Étienne préfèrent aller tenter leur chance ailleurs en France. Après 1927, l’effectif décroît régulièrement.
Les statistiques d’effectifs de Grecs par département ne sont pas disponibles pour la période postérieure à 1945. Cependant, Georges Mavridorakis [4] précise que « après la guerre 1939-1945, le retour en Grèce se poursuivit pour des familles entières et pour les descendants de la première vague d’immigration. D’autres encore gagnèrent d’autres pays comme l’Allemagne fédérale. »
Au cours d’un entretien accordé à l’auteur le 11 février 2004, le Père Krassakis observe qu’après 1945, il n’y a plus d’arrivée de Grecs dans le bassin de Saint-Étienne en raison du déclin économique et culturel de la ville et de la proximité de la ville de Lyon, plus attractive. Selon Georges Mavridorakis [5], en 1981, la paroisse grecque orthodoxe de Saint-Étienne ne comprend plus que 150 familles.
Il est intéressant d’examiner la répartition par commune des Grecs à la fin de à la fin de 1926, quand l’effectif des immigrés grecs dans le bassin industriel de Saint-Étienne atteint son maximum. En 1926 la population grecque du bassin industriel de Saint-Étienne est concentrée dans trois communes : Saint-Étienne, La Ricamarie et le Chambon-Feugerolles. Ces trois communes totalisent à elles seules 931 immigrés grecs soit 72,5% de l'ensemble des Grecs du basin industriel à Saint-Étienne même résident 44% de l'ensemble des Grecs du bassin industriel.
La répartition des Grecs dans le bassin neuf ans plus tard, le 31 décembre 1935, s’est sensiblement modifiée. Les trois communes de Saint-Étienne, de La Ricamarie, du Chambon-Feugerolles totalisent, à fin 1935, 592 immigrés grecs, soit 85,9% du total des Grecs du bassin industriel de Saint-Étienne.
Avant la Grande guerre, les immigrés grecs résident presque exclusivement à Saint-Étienne, on assiste ensuite à une diminution de la part de Saint-Étienne dans le total de l’effectif jusqu’à la fin de 1926, date à laquelle il culmine. À partir de 1926 on a, au contraire, un accroissement de la part de Saint-Étienne dans la population grecque du bassin. Le reflux de la population immigrée grecque dans le bassin industriel de Saint-Étienne s’accompagne donc d’un phénomène de concentration dans la ville même de Saint-Étienne ou résident 62% des Grecs du bassin en 1935. C’est donc le centre urbain le plus important qui résiste le mieux au reflux de l’immigration.
Les flux d’immigration de Grecs vers la ville de Saint-Étienne sont connus grâce aux 2768 fiches individuelles du Commissariat de la ville, concernant les étrangers ayant séjourné à Saint-Étienne entre 1901 et 1940, qui sont conservées aux archives départementales de la Loire. Un échantillon représentatif de 174 de ces fiches a été exploité pour la présente étude. Seules les arrivées antérieures à 1940 ont été examinées, car d’après plusieurs témoignages, les arrivées de Grecs à Saint-Étienne après la Seconde Guerre mondiale sont très peu nombreuses. Selon le Père Krassakis dans l’entretien du 11 février 2004, en 1984 il y avait une vingtaine d’étudiants grecs à Saint-Étienne, en 2004 il n’y en avait plus que deux. L’explication avancée est que l’accès des étudiants grecs dans les universités françaises a été en effet rendu plus difficile par l’instauration d’un concours de langue française. Les étudiants grecs fréquentent surtout désormais les universités d’Aix, Nice et Lyon.
À partir des fiches de police, on peut retracer l’évolution des arrivées d’immigrants Grecs à Saint-Étienne. Celles-ci ont lieu pour l’essentiel de 1907 à 1930. On note un pic important d’arrivées en 1916 et 1917, un deuxième moins important en 1919, 1920 et 1921 et un troisième d’une importance intermédiaire entre celles des deux premier, en 1923, 1924 et 1925. Le premier pic est dû à l’organisation, par le gouvernement français, de l’immigration grecque dans les usines travaillant pour l’industrie de guerre. Le second pic est dû à la crise économique qui continue de sévir en Grèce après 1918 et le troisième pic à l’émigration des Grecs d’Asie Mineure suite à l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie, rendu obligatoire par le traité de Lausanne de 1923. Cependant, le flux des arrivées est ininterrompu de 1907 à 1931. Après 1930, il devient marginal.
À Saint-Étienne, l’immigration grecque a commencé sensiblement plus tôt qu’à Pont-de-Chéruy-Charvieu dans l’Isère, ou qu’à Port-de-Bouc dans les Bouches-du-Rhône, villes où elle ne commence qu’en 1916. Cécile Zervudacki [6] rapporte que « le 10 août 1916 arrive le premier convoi de Grecs de Turquie à Charvieu ». Huguette Ferré [7] quant à elle note que « l’immigration (grecque) à Port-de-Bouc est ancienne et va de 1916 aux années 30 ». En ce qui concerne les Grecs arrivés à Marseille en 1917, Michel Bruneau [8] indique que« 800 partaient à Saint-Étienne, 1200 à Pont-de-Chéruy, 1300 à Nantes, 1000 à Bordeaux, les Grecs de Saint-Étienne partant ensuite à Lyon et Paris ». Le chiffre donné par Michel Bruneau est sensiblement supérieur au chiffre qui résulte de l’exploitation des fiches du Commissariat de Saint-Étienne soit 461. Mais les fiches individuelles exploitées ne concernant que la ville même de Saint-Étienne, le chiffre de 800 arrivées de Grecs pour l’année 1917 pour l’ensemble du bassin industriel de Saint-Étienne est donc vraisemblable.
La période de juillet 1916 à novembre 1918, c’est-à-dire la période de recrutement de Grecs par les autorités françaises pendant la Grande Guerre, totalise la moitié des arrivées de Grecs à Saint-Étienne pendant toute la période 1907-1940. En 1923,1924 et 1925, il y a une seconde vague de forte immigration suite à la « Grande catastrophe »[9], avec un maximum d’arrivées en 1923. Après 1930, les arrivées deviennent rares. Cécile Zervudacki [10]  observe également, à Pont-de-Chéruy, deux grandes vagues d’immigration de Grecs, 1916-1918 d’une part et 1923-1928 d’autre part.
La date réelle d’arrivée en France des immigrés grecs est bien souvent antérieure à la date de déclaration d’arrivée en France. À l’époque, le voyage de la Grèce vers la France se faisait par bateau et le point d’arrivée en France était donc un port, souvent Marseille, mais le lieu de débarquement n’est pas nécessairement le lieu d’enregistrement de la première déclaration de présence en France.
Les dates de déclaration d’arrivée en France se situent entre 1904 et 1931. La seule différence entre la répartition des arrivées en France et celle des arrivées à Saint-Étienne réside dans le fait que le maximum des arrivées en France est observé pendant l’année 1916 et non en 1917. Un certain nombre de Grecs arrivés en France en 1916 ne sont donc arrivés qu'un peu plus tard à Saint-Étienne.
Le parcours d’émigration peut comporter plusieurs étapes entre le départ de la résidence d’origine et l’arrivée en France. Les fiches montrent que 2050 Grecs sont venus à Saint-Étienne à partir d’un autre département sans séjourner au préalable dans une autre commune du département de la Loire. En considérant que Saint-Étienne représente en moyenne 50% de l’effectif de Grecs du bassin industriel, on peut estimer à 4 000 environ le nombre de Grecs qui sont arrivés dans le bassin entre 1905 et 1939.
Les origines géographiques des immigrants Grecs de Saint-Étienne sont extrêmement diverses. Chacune de ces immigrations présente des particularités.
Il y a d’abord une immigration de Grecs en provenance de la Grèce continentale, cette immigration est ininterrompue de 1908 jusqu’à 1927. Elle culmine en 1917. Ces immigrés viennent de toutes les régions de Grèce : de Macédoine, d’Attique, d’Épire grecque.
Il y a ensuite une immigration des Grecs en provenance d’Asie Mineure. Cette immigration commence en 1909 et dure jusqu’en 1930. Plus de la moitié des immigrants Grecs d’Asie Mineure ayant émigré vers Saint-Étienne l’ont fait avant septembre 1922 [11]. On a cependant assisté à une recrudescence des arrivées en provenance de cette région en 1923 et 1924. Les lieux de naissance sont situés un peu partout en Asie Mineure, dans la région de Smyrne, dans la région du Pont, dans les Dardanelles et dans la Cappadoce. Les entretiens conduits auprès des Grecs de la deuxième génération montrent que les Grecs d’Asie Mineure qui étaient partis avant l’échange obligatoire des populations l’avaient fait pour fuir les persécutions et les spoliations qu’ils subissaient de la part des Turcs. Le père d’une des personnes interrogées avait déserté l’armée turque. Les parcours d’émigration étaient très mouvementés, avec souvent Constantinople ou Salonique comme première destination
On note aussi une immigration des Grecs en provenance de l’Épire du Nord [12]. L’immigration de Grecs en provenance d’Épire du Nord commence dès 1904 et se prolonge jusqu’à 1925. Elle représente, plus de la moitié de l’émigration antérieure à juillet 1916. L’étude des fiches permet de constater que la plupart des immigrants Grecs d’Épire du Nord viennent de la ville ou de la province de Chimara (ou Himare en albanais) sur la côte ouest de la mer Ionienne au sud-est de l’Albanie. Une minorité grecque existe encore de nos jours en Albanie méridionale. À l’époque, la population chrétienne du sandjak [13] d’Argyrokastro est supérieure à la population des Ottomans. L’émigration des Grecs, de la région de Chimara vers Saint-Étienne, s’est poursuivie après l’indépendance de l’Albanie. Les deux tiers des émigrants grecs d’Épire du Nord sont enregistrés avec l'emploi de mineurs. Il y a aussi des immigrés grecs originaires de Thrace dont les deux tiers sont nés à Constantinople.
L’immigration provenant des îles grecques s’étale, elle, sur la période 1909 -1929. Les principales îles concernées par l’immigration sont la Crète, Milos, Mytilène et Chio. Dans l’annuaire du téléphone de Saint-Étienne on trouve encore aujourd’hui des noms se terminant en « akis » ce qui montre une origine crétoise.
On trouve enfin des immigrés originaires des îles du Dodécanèse, Rhodes, Symi, Chalkis, Kalimnos et Karpathos. L’immigration en provenance des îles du Dodécanèse s’observe de 1907 à 1919. Les îles du Dodécanèse vivaient traditionnellement de la pêche aux éponges. À partir de 1912, les Italiens occupent le Dodécanèse et concentrent l’activité de l’archipel à Rhodes, ce qui entraîne le déclin des autres îles et l’émigration de leur population.
Une part importante des immigrés grecs, ayant séjourné dans la ville de Saint-Étienne, ont pour premier séjour déclaré une localité du département la Loire. Dans les autres cas, la localité de premier séjour déclaré se trouve essentiellement dans trois départements : les Bouches-du-Rhône, l’Isère et le Rhône. On peut imaginer que le voyage se faisant par bateau, tous les immigrés ont fait un séjour plus ou moins long dans le port d’arrivée, la plupart du temps Marseille. Aucun immigré de l’échantillon n’est officiellement passé par la région parisienne avant son arrivée à Saint-Étienne. Pour les immigrés recrutés sous contrat par le gouvernement français pour l’industrie de guerre, Marseille est une plate-forme de distribution de cette main-d’œuvre vers les différentes usines en France.
Mais, avant juillet 1916, on constate qu’il y a très peu d ‘arrivants dont le premier séjour déclaré en France se trouve en dehors du département de la Loire. Il semble donc que le bassin de Saint-Étienne ait été le pôle principal d’attraction de l’immigration grecque en France avant juillet 1916, c’est-à-dire avant l’organisation de l’immigration grecque par les autorités françaises.
La mobilité géographique des immigrants Grecs ayant séjourné à Saint-Étienne est très importante. En effet, à fin 1926, il est passé 2 529 Grecs à Saint-Étienne pour un effectif maximum atteint de 566 à fin 1926. Le flux est donc cinq fois supérieur à l’effectif maximum atteint. Plus de la moitié des premiers séjours ont une durée inférieure à un an. 20% seulement des Grecs ayant séjourné à Saint-Étienne s’y sont fixés définitivement.
Selon Dominique Kanonidis [14] citant le Journal des Hellènes du 25 juin 1922, « à Saint-Étienne, la petite colonie hellénique qui compte surtout des ouvriers a été maintenue après la guerre puisqu’ils sont obéissants et travailleurs » ce qui n’exclut pas la mobilité à l’intérieur du bassin industriel. La ville de Saint-Étienne a été la plaque tournante de l’immigration grecque dans le bassin industriel. En effet 43,7% des immigrés grecs ayant séjourné à Saint-Étienne viennent d’autres communes de la Loire et 38,1% des immigrés grecs qui quittent Saint-Étienne partent vers d’autres communes de la Loire et plus précisément vers des communes du bassin industriel. Quand les immigrés grecs quittent Saint-Étienne et la Loire, ils se dirigent vers les grands centres urbains que sont Lyon Marseille ou Paris.


 L’emploi des immigrés grecs et de leurs descendants

Sur les fiches de police 84% des immigrés grecs arrivant à Saint-Étienne se déclarent manœuvres ou mineurs. Très peu d’entre eux déclarent une autre qualification professionnelle, qui est dans ce cas, soit la profession de tailleur ou de couturière, soit une profession d’ouvrier professionnel de la mécanique. La Grèce, l’Empire ottoman et le Dodécanèse sont à l’époque des pays relativement peu industrialisés, ce qui peut expliquer le manque de qualification des immigrés grecs dans les métiers de l’industrie et leur manque de familiarité avec ces métiers. Le métier d’agriculteur n’est jamais mentionné, sans doute parce qu’il n’était d’aucune utilité de le revendiquer dans une démarche de recherche d’un emploi dans une région industrielle comme celle de Saint-Étienne.
Georges Mavridakis [15] dit à propos des immigrés arrivés avant 1914 : « Les hommes travaillaient comme manœuvres dans la sidérurgie et surtout les mines. Quelques-uns s’étaient fait embaucher à la CFVE [16]. À propos des personnes embauchées dans le cadre du contrat entre le gouvernement français et le gouvernement hellénique, il déclare : « 300 personnes échouèrent alors dans la région pour suppléer, dans les mines et les usines métallurgiques, les ouvriers français mobilisés » [17].
Dans les entretiens avec les membres de la seconde génération, la profession indiquée pour le père est presque toujours celle de mineur. Dans un cas au moins, on observe des passages successifs de la mine à l’industrie métallurgique. Selon Georges Mavridorakis [18], l’intégration sociale et professionnelle a été réalisée dès la seconde génération grâce à l’école : « La seconde génération des Grecs nés en France avait tout de même fait sa percée dans le monde économique. Nos parents consentirent de gros sacrifices pour que leurs enfants ne soient plus des manœuvres, dans les mines ou dans les usines. Nous allions à l’école comme tous les Français et beaucoup d’entre nous purent s’établir dans les professions artisanales : tailleurs cordonniers, par exemple ou ouvrirent de petits commerces dans le quartier Beaubrun-Tarentaize [19] surtout. Rares, bien sûr étaient ceux qui purent, comme boursiers, faire des études au lycée ou dans une faculté. Certains parmi nous, autodidactes, accédèrent à des situations de responsabilité dans l’industrie ou purent créer de petites entreprises industrielles ». Georges Mavridorakis était lui-même expert-comptable. Les entretiens montrent que certains Grecs de la deuxième génération ont aussi été ouvriers qualifiés dans l’industrie mécanique et d’autres employés ou cadres dans les maisons de commerce. Un professeur de français de l’université de Saint-Étienne est le fils d’un immigré grec.
Dominique Kanonidis [20] note que « les activités commerciales et artisanales ont été le terrain privilégié de la promotion sociale des Grecs,[...] l’ascension sociale des Grecs est plus forte que celle des Belges Italiens ou Espagnols, cette mobilité sociale très forte et très rapide peut s’expliquer par une aspiration à l’indépendance et à la réussite sociale ». La réalisation de cette aspiration était certainement plus difficile à Saint-Étienne que dans les grands centres urbains de Lyon, Paris, ou Marseille et n’a pas été possible pour la première génération mais seulement pour la deuxième.


La résidence des immigrés grecs

Pendant la période étudiée les lieux de résidence des immigrés Grecs sont très concentrés. Trois rues et une cité regroupent à elles seules plus de la moitié des adresses. Les rues Michel Rondet , Tarentaize et des Jardins existent encore aujourd’hui, elles sont proches des anciens puits de mine. Par ailleurs un grand nombre de Grecs arrivés pendant la période qui va de juillet 1916 à décembre 1917 sont hébergés à la « Cité Saint-Éloi » qui semble avoir été une cité d’accueil pour les Grecs recrutés par les autorités françaises et qui a aujourd’hui disparu et qui n’a pu être retrouvée dans les archives. Un certain nombre d’immigrés grecs arrivant à Saint-Étienne étaient logés chez des compatriotes. On peut supposer que ces derniers tenaient des sortes d’hôtels pour l’hébergement des nouveaux arrivants.


Le regroupement familial

Le regroupement familial, qui largement amorcé en 1925 (55% hommes adutes) se stabilise en 1933 (41% d’hommes adultes) c’est-à-dire vingt-cinq ans après le début de l’immigration et dix-sept ans après le pic d’immigration de 1916.

La mortalité

Entre 1916 et 1940, il y a une forte mortalité précoce chez Grecs de Saint-Étienne (plus de 50% des décès avant l’âge de 50 ans) qu’on peut attribuer à la pénibilité des conditions de travail notamment dans les mines de charbon ou la silicose était fréquente.
Sur les registres d’état-civil de La Ricamarie, on observe aussi une forte mortalité infantile dans les familles de mineurs grecs,.


La mixité des mariages

Chez la première génération des immigrés grecs de Saint-Étienne, le mariage entre Grecs est la règle et le mariage mixte est l’exception. Il semble que le mariage mixte, avant la Seconde Guerre mondiale, ait été mal accepté aussi bien par la société française que par la communauté grecque notamment pour des raisons religieuses. La fille d’un Grec et d’une Française qui s’étaient mariés en 1923 rapporte que sa mère avait perdu la nationalité française du fait de son mariage et avait dû la redemander ensuite. Aujourd’hui, selon le Père Krassakis, à la troisième génération, il y a entre deux tiers et trois quarts de mariages mixtes. La liste des cotisants à l’association cultuelle et cultuelle comprend seulement une moitié des noms dont la consonance est grecque. En général, lorsque la mère est catholique, les enfants sont élevés dans la religion catholique. On peut cependant observer des cas de retour à la religion orthodoxe à la troisième et même à la quatrième génération.


 L’église orthodoxe de Saint-Étienne

La date d’installation du premier lieu de culte orthodoxe pour la communauté grecque de la région de Saint-Étienne diffère selon les témoignages. Georges Mavridorakis [21] rappelle les conditions difficiles de pratique du culte orthodoxe pour la communauté dans ses premières années d’existence : « dans les débuts, l’église c’était surtout nos parents et nos proches. Nous n’avions pas de prêtre parmi nous et aucun lieu de réunion. C’est seulement en 1921, que la compagnie des Houillères de Montrambert mit à notre disposition une petite maison à La Ricamarie dont nos anciens s’empressèrent de faire un centre cultuel. Un prêtre venait de temps à autre de Lyon ou de Pont-de-Chéruy, pour baptiser les enfants ou célébrer les Saints Mystères. Mais notre communauté religieuse n’avait aucune reconnaissance légal.e »
Dominique Kanonidis [22] cite l’extrait suivant Journal des Hellènes du 25 juin 1922: « cette colonie très pieuse s’est fait représenter à notre légation par une commission présidée par M. Tsecouris, à l’effet de prier le gouvernement de lui envoyer un prêtre orthodoxe, afin de constituer une église dans un vaste local que la Société des Mines met à sa disposition ». Cet extrait montre que, dès cette époque, les Grecs de Saint-Étienne demandent, un prêtre aux autorités grecques.
Simon Kristides [23] qui était, en 2002, le président de l’Association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne rapporte qu’« en 1924 après de nombreuses démarches, la mairie de La Ricamarie consentit à nous prêter pour quelques années une ferme délabrée et tous s’y sont mis énergiquement pour lui donner l’air d’un semblant d’église. Nous n’avions pas de prêtre, alors, pour les mariages, les baptêmes, les funérailles nous sollicitions celui de Lyon ou de Grenoble. »
Le 30 novembre1930, la communauté grecque de la région de Saint-Étienne reçoit Monseigneur Germanos, métropolite de Thyateira résidant à Londres, exarque pour l’Europe occidentale et du Nord, pour la pose de la première pierre d’une église grecque orthodoxe à Saint-Étienne. Selon A. de Compigny Des Bordes [24] qui relate l’événement, « cette église va être construite dans le quartier de Bellevue sur un terrain acheté aux hospices civils, en bordure de la rue de Firminy ».
L’office est célébré dans la chapelle de La Ricamarie, qui est longuement décrite, de même que l’assistance par A. de Compigny Des Bordes : « la maison non crépie, noirâtre, dans un pré, desservie par un étroit chemin herbeux, ne donne, que par une croix de bois blanc, l’indication de sa destination. La chapelle, constituée par une salle basse est pleine de fidèles qui suivent debout les chants liturgiques, en grec. Quelques femmes sont en jolies toilettes avec de fins profils athéniens ou smyrniotes. Beaucoup, toutefois, de condition plus humble, âgées, sont vêtues de longues robes et se couvrent la tête d’un mouchoir noir dont la pointe descend sur le dos. La salle a de rares fenêtres, mais des lustres prodiguent la clarté de mille cierges. Une cloison de bois sépare le sanctuaire de la foule. Les parois sont garnies d’icônes rutilantes. Chacun des saints et des saintes a un nimbe d’or et une profusion de fleurs. D’instant en instant, des fidèles s’approchent des images se recueillent devant elles, font des signes de croix. L’autel est derrière la cloison percée d’une porte à rideaux ouverts qu’on ferme au moment du sacrifice ». Il ajoute au sujet de la photographie publiée : « ce que l’image ne peut rendre, ce sont les couleurs vives, chatoyantes, allant du vert tendre au rouge éclatant ; ni l’étincellement des ornements d’or, croix pectorale et images saintes richement enchâssées. »
Cette description empreinte d’orientalisme montre que la communauté grecque, avant la Seconde Guerre mondiale, paraissait quelque peu exotique aux yeux des Stéphanois. Jusque-là ils avaient vu arriver surtout des immigrés de confession catholique comme les Italiens ou les Polonais .
Un délai assez long s’écoule entre la pose de la première pierre et la construction effective de l’église. Au cours de l’entretien du 11 février 2004, le Père Constantin Krassakis rapporte que les fondations furent commencées avant la déclaration de guerre mais que l’église ne fut terminée qu’après. Georges Mavridorakis déclare [25] pour sa part qu’ « il fallut encore attendre la fin de la guerre 1939-45 pour acquérir un terrain, à la Jomayère, en bordure de Saint-Étienne et construire notre modeste église de la Sainte Trinité. Le prix réduit du terrain, appartenant préalablement aux hospices, fut déterminant pour son implantation ».
L’église de la Sainte Trinité ne sera construite que de 1949 à 1951. Simon Kristides [26] relate les conditions de son financement : « C’est dans le restaurant de mes parents que des Grecs lancèrent l’idée de construire une église pour eux, pour cela ils demandèrent aux familles grecques (trois cents environ) une cotisation mensuelle. Les salaires étaient très bas, il n’y avait pas de sécurité sociale et c‘était une charge très lourde pour ces familles très pauvres. Malgré cela tout le monde cotisait. Comme la communauté n’était pas très riche chacun aida pour sa construction. Hommes et femmes, quelle ardeur pour creuser les fondations, monter les murs et les charpentes ». Par ailleurs Georges Mavridorakis [27] souligne que « chacun eut à cœur de contribuer à financer, par une série de petits dons, ou par des dons plus importants, la construction de l’église. Celle-ci est vraiment l’œuvre de notre communauté, nous en sommes fiers.»
Tous ces témoignages montrent que le projet de construction de l’église orthodoxe a été un élément fédérateur déterminant pour la structuration de la communauté. En 2004, l’église de la Trinité [28] est une église de dimension modeste peinte en gris bleu dans un quartier un peu isolé de Saint-Étienne, à proximité de La Ricamarie. À partir de 1958, un prêtre orthodoxe est affecté à Saint-Étienne, mais il partage encore ses activités avec la communauté de Pont-de-Chéruy près de Lyon. La paroisse de la Sainte Trinité connaît un vide de 1970 à 1972. En juin 1972, le Père Constantin Krassakis est ordonné prêtre dans l’église de la Sainte Trinité à Saint-Étienne par Monseigneur Mélétios, exarque du patriarche de Constantinople pour la France. Le Père Krassakis, aujourd’hui archiprêtre [29], est le prêtre de la paroisse de la Sainte Trinité depuis cette date.
Dès son arrivée en 1972, le Père Krassakis s’est attelé à la recréation de la communauté grecque orthodoxe. Dans l’entretien du 11 février 2004, il estime que cette recréation « a été rendue possible grâce à Dieu, grâce à la générosité des paroissiens, à l’aide des autorités locales, à la mise en place d’un nouveau conseil paroissial faisant une place aux femmes, à la présence à Saint-Étienne de philhellènes amis de la culture grecque ancienne ou moderne, à l’université locale qui l’a chargé d’y donner des cours de langue et de civilisation grecques, à l’ouverture de la communauté vers les autres religions et les autres communautés locales, à la mise en œuvre d’activités culturelles au sein de la paroisse (danses, conférences), grâce enfin aux échanges avec d’autres villes grecques (notamment la ville de Patras qui est jumelée avec la ville de Saint-Étienne) ».
À l’église de la Sainte-Trinité, l’office est célébré en partie en grec et en partie en français. Mais aujourd’hui la paroisse n’est plus exclusivement orthodoxe grecque. Elle s’ouvre aux immigrés de confession orthodoxe de toute origine et notamment aux immigrés venant des pays de l’ex-Empire soviétique. Ainsi lors de l’office, on peut entendre chanter dans d’autres langues que le grec et le français.
L’église grecque entretient des liens avec les autres églises chrétiennes locales, l’église catholique romaine, l’église protestante et l’église arménienne. Le prêtre de l’église de la Sainte Trinité fait partie du comité local de l’œcuménisme. Il témoigne [30] de ces bonnes relations : « À titre personnel, je dois dire ma reconnaissance à nombre de prêtres catholiques stéphanois. Ils m’ont accueilli avec un large esprit de fraternité et ils m’ont beaucoup aidé dans le départ de mon ministère. Des paroisses catholiques m’ont prêté des salles pour faire du catéchisme, pour enseigner le grec à mes jeunes paroissiens pour les initier aussi au chant liturgique. C’était me disaient-ils, pour eux, vivre l’œcuménisme.

L'association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne et de ses environs

Selon Georges Mavridorakis [31] ancien président de l’Association cultuelle grecque orthodoxe, cette association de type loi de 1901 a été créée en 1930. Elle existe encore aujourd’hui sous le nom d’Association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne et de ses environs. Une salle paroissiale a été construite en 1980 à proximité immédiate de l’église de la Sainte Trinité. Elle abrite les locaux de l’Association cultuelle et culturelle ainsi que l’école grecque.
Après l’office religieux, les assistants se rendent dans la salle paroissiale attenant à l’église pour partager un café et des gâteaux en présence du prêtre, ce qui illustre la proximité soulignée par le Père Constantin Krassakis, entre laïcs et ecclésiastiques dans la religion orthodoxe. La pratique religieuse semble donc constituer un support important de la vie sociale de la communauté.
Tous les ans, en juin, à l’occasion de la fête paroissiale de la Sainte Trinité, l’association organise des rencontres inter-paroissiales avec les communautés grecques de Lyon, Grenoble et Pont-de-Chéruy. Lors de ces rencontres une messe est célébrée, un repas est organisé et des danses populaires grecques sont exécutées. Au sein de l’Association, le groupe Olympe est en charge de l’apprentissage et la pratique de ces danses populaires grecques.
L’association cultuelle et culturelle est donc le pivot de la vie de la communauté. Le lien affirmé dansl’intitulé même de l’Association entre les activités laïques et culturelles est permanent et très fort.

 L’enseignement du grec

Le prêtre de la paroisse de la Sainte Trinité est également instituteur, appointé par le gouvernement grec pour faire l’école du mercredi et du samedi aux enfants d’origine grecque âgés de 4 ans à 17-18 ans. Selon un témoignage recueilli au cours des entretiens, l’école grecque réunit une quinzaine d’élèves. L’université de Saint-Étienne dispense de son côté un enseignement de langue et de civilisation grecques. Les Grecs de la deuxième génération dont les parents étaient tous les deux Grecs, parlent encore le grec, ils l’ont appris chez eux mais généralement pas à l’école.

 Le consulat de Grèce à saint-Étienne

Dans l’entretien accordé au journal La Tribune et publié le trois septembre 2003, le consul honoraire de Grèce à Saint-Étienne, qui n’est pas lui-même d’origine grecque, rappelle que le consulat de Saint-Étienne existe depuis 1923 et qu’il a été fermé de 1940 à 1944 pendant l’occupation allemande. Le consulat grec de Saint-Étienne représente la communauté grecque de la Loire et de la région Auvergne. Aujourd’hui en raison de l’appartenance de la Grèce à l’Union européenne le consul intervient assez peu pour les passeports et les visas, il intervient surtout pour des successions avec les parentés en Grèce. Par ailleurs le consulat prépare la fête annuelle de l’indépendance du 25 mars et participe à la fête de la paroisse de la Sainte Trinité en juin.

Les relations de la communauté grecque avec les autorités locales

Les autorités locales sont associées aux événements marquants de la vie de la communauté. Ainsi, le 30 novembre 1930, le maire de Saint-Étienne assistait à la pose de la première pierre de l’église grecque. En 1980, le maire de Saint-Étienne assistait à l’inauguration de la salle paroissiale orthodoxe grecque. En 1990, la communauté grecque de Saint-Étienne a été associée au jumelage de la ville de Saint-Étienne avec la ville grecque de Patras et continue depuis de participer régulièrement aux échanges entre les deux villes.

Les relations de la communauté grecque avec les philhellènes de Saint-Étienne

L’association Présence de l’hellénisme moderne est une association de philhellènes qui fonctionne sous l’égide de la faculté de lettres de l’université de Saint-Étienne. Elle organise des conférences et des réunions auxquelles l’association cultuelle et culturelle est associée. Par ailleurs un certain nombre d’habitants de Saint-Étienne, amis de la Grèce assistent aux festivités organisées par la communauté grecque.


La mémoire de la communauté grecque

Joël Candau [32] affirme que « si l’histoire vise à éclairer du mieux possible le passé, la mémoire cherche plutôt à l’instaurer». Il distingue la mémoire familiale et la mémoire collective « La mémoire familiale est la mémoire qui embrasse tout le vécu d’une famille [..] « La notion de mémoire collective est [..] bien pratique car on ne voit pas comment désigner autrement que par ce terme certaines formes de conscience du passé (ou d’inconscience en cas d’oubli) apparemment partagées par ensemble d'individus.


La mémoire familiale 

La mémoire familiale des membres de la deuxième génération, concernant l’histoire de leurs parents, est parfois précise, parfois très floue. Simon Kristides raconte [33]: « Mes parents originaires d’Asie Mineure sont arrivés en France avec leurs trois enfants. Mon père est né en 1892 à Nevshéir et ma mère à Nigdé en 1894, villes se trouvant en Anatolie. Ils se marièrent en 1914. Le père de mon père possédait une ferme importante très convoitée par les autorités turques : ce n’était que brimades, humiliations et même menaces de mort. Alors toute la famille se replia à Constantinople chez un frère de mon père qui possédait une épicerie, abandonnant tout son patrimoine. Mais les menaces de mort continuaient de plus belle. Exaspérés, mes parents décidèrent de s’expatrier en France avec leurs trois enfants. Une connaissance du frère de mon père lui avait donné une vague adresse comme point de chute en France : « Socrate, La Ricamarie » Après bien des péripéties, ne connaissant pas un mot de français, ils arrivèrent à bon port. Le brave homme les prit en charge. Le frère de mon père lui avait donné une petite somme d’argent. Mon père étant cuisinier, il acheta un petit restaurant qui devint rapidement le lieu de rencontre de nombreuses familles grecques ».
À l’opposé de ce cas, la fille d’un immigré grec et d’une Française dit, elle, avoir souffert de ne pas savoir d’où venait sa famille. Elle n’est même pas sûre du nom de son père : en effet deux noms différents apparaissent alternativement sur les papiers qu ’elle a conservés. Elle a une incertitude sur la date d’arrivée en France de son père ainsi que sur son lieu de naissance précis en Asie Mineure. Ces incertitudes peuvent s’expliquer par le fait que son père était déserteur de l’armée turque. Elle ignore si la famille de son père était fortunée bien qu’elle le suppose. Elle se souvient que son père plaçait son argent en Grèce en emprunts de la Banque nationale de Grèce et elle évoque les démarches difficiles de sa mère pour obtenir le remboursement de ces emprunts. Cette même personne évoque les relations d’hostilité des Français vis-à-vis des immigrés : son père était traité de « métèque » par son beau-frère français qui avait fait la campagne de Salonique, et le prêtre catholique avait refusé de faire pour lui des obsèques religieuses.
Il y a dans les entretiens non seulement dans plusieurs cas une incertitude sur la date d’arrivée en France du premier arrivant mais aussi parfois une incertitude sur sa date de naissance. La mobilité géographique et professionnelle des immigrés de la première génération est évoquée par tous les enquêtés. Les femmes travaillaient parfois à la mine, un des enquêtés évoque sa mère qui était « clapeuse » [34].
Certains immigrés recevaient la visite de parents venant de Grèce. Ces derniers pouvaient présenter un aspect exotique pour les enfants d’immigrés grecs nés en France, un des enquêtés se souvient par exemple de la visite « d’une dame avec une pipe » qui venait de Grèce.
Les lieux présents à la mémoire des enquêtés sont d’une part l’église de La Ricamarie et celle de la Sainte Trinité à Saint-Étienne et d’autre part des cafés qui étaient des lieux de réunion de la communauté grecque comme le café Le Clapier [35] et le Café Rizzi. Certains se souviennent d’un groupe de danses grecques et d’un bal grec. Il semble que la communauté se soit structurée autour d’immigrés originaires d’Asie Mineure peut-être parce que leur besoin de recréer une communauté, du fait de l’impossibilité pour eux de retourner au pays natal, était chez eux plus fort que chez les immigrés Grecs originaires d’autres régions.
La mémoire des descendants de la troisième génération paraît très parcellaire. Le petit-fils d’un immigré se souvient seulement de ce que son grand-père était venu en France pendant la Première Guerre mondiale pour travailler dans les usines d’armement. La petite-fille d’un immigré Grec, souffrant de ne savoir que très peu de choses concernant son grand-père, se livre à une véritable recherche à partir de documents administratifs, de sites Internet, de différents courriers. Cette recherche a trait à l’histoire de son grand-père en Turquie avant l’émigration, à sa carrière professionnelle en France, mais aussi plus généralement à l’hellénisme et aux événements qui ont entraîné l’émigration des Grecs d’Asie Mineure.

La mémoire collective 

Dans un des entretiens une personne de la deuxième génération déclare : « Tous les Grecs travaillaient à la mine » Plusieurs évoquent la mortalité précoce des mineurs : « tous ceux qui ont travaillé dans les mines sont morts jeunes de la silicose, ils travaillaient à l’avancement [36] ». Dans un autre entretien, on trouve cette affirmation : « une grosse majorité (des immigrés) arrivait de l’Asie Mineure, ils sont morts jeunes ». Ainsi, on observe une sorte de généralisation à partir de situations particulières. L’archétype de l’immigré grec du bassin industriel de Saint-Étienne est un Grec venu d’Asie Mineure pour travailler dans les mines et mort jeune de la silicose. Cécile Zervudacki [37] fait une observation similaire au sujet des Grecs de Pont-de-Chéruy : « Le sentiment communautaire a privilégié un mythe fondateur politique ».Les responsables religieux et associatifs de la communauté se sentent investis d’une mission de transmission de la mémoire de la communauté. Simon Kristides [38], ancien président de l Association cultuelle et culturelle orthodoxe grecque de Saint-Étienne, écrit : « quand a sonné l’heure de la retraite, je suis entré tout naturellement au bureau de la Communauté en hommage à la mémoire de mes parents ». Ainsi la participation à l’activité communautaire apparaît comme un devoir moral vis-à-vis des membres de la première génération, ceux qui ont souffert.La mémoire collective de la communauté est d’abord celle de l’immigration des Grecs dans le bassin industriel. Georges Mavridorakis [39] rappelle qu ‘en 1914, 60 familles originaires de Crète et d’Albanie sont employées dans la vallée de l’Ondaine dans la sidérurgie, les mines ou à la CFVE. Il rappelle aussi que « en 1916, le gouvernement français signa un contrat avec le gouvernement hellénique pour un apport de main-d’œuvre. 300 personnes échouèrent alors dans la région (de Saint-Étienne), pour suppléer, dans les mines et les usines métallurgiques les ouvriers Français mobilisés. La plupart venaient d’Asie Mineure ». Ce chiffre est proche de celui qui résulte de l’exploitation des fiches de police pour l’année 1916 et qui est de 350. En revanche si on fait la somme des arrivées de 1916 et de 1917, l’estimation de Georges Mavridorakis paraît un peu sous-évaluée.
Georges Mavridorakis remarque aussi que « après la terrible guerre » (la guerre gréco-turque de 1922) « ce fut l’apogée de notre groupe ethnique dans le bassin stéphanois. On y comptera alors plus de 400 familles » Le chiffre de 400 familles peut être comparé avec l’effectif total maximum de 704 « hommes » qu’on trouve dans la statistique semestrielle des étrangers de fin 1926. La différence peut s’expliquer par le fait que les célibataires ne sont sans doute pas comptés comme chefs de famille, mais ce n’est là qu’une hypothèse. Il ajoute que « beaucoup d’hommes qui avaient travaillé comme mineurs moururent prématurément des suites de la silicose à l’âge de 40-45 ans ».
L’histoire de la présence grecque dans le bassin industriel, retracé par Georges Mavridorakis, est au total assez proche de celle qui apparaît au travers des statistiques semestrielles des étrangers de la Préfecture ainsi qu’au travers des fiches individuelles du commissariat de police de Saint-Étienne.
Le consul honoraire de Saint-Étienne, Gabriel Ducros-Grenet, dans l’entretien qu’il a accordé au journal régional, La Tribune, le 3 septembre 2003 indique, quant à lui, que beaucoup d’immigrés grecs sont venus aux alentours de 1920 pour travailler dans les mines.
Le Père Constantin Krassakis dans l’entretien du 11 février 2004 souligne la grosse vague d’immigration de travailleurs Grecs en 1923 dans la région, qui venaient travailler à la mine et il souligne qu’une grande partie d’entre eux sont morts jeunes.
Au fur et à mesure que le temps passe, il semble donc que la mémoire collective retient l’émigration la plus récente c’est-à-dire celle de 1923 et 1924 et que l’existence d’une immigration antérieure semble tomber peu à peu dans l’oubli .
Les autorités religieuses ne se contentent pas d’entretenir la mémoire de l’immigration, elles entretiennent aussi une forme de patriotisme en rappelant à la communauté les événements fondateurs de l’État grec, comme le soulèvement du peuple grec contre l’occupant ottoman le 25 mars 1821. Dans un tract diffusé par le bureau de l’église invitant à la commémoration du 25 mars 1821 et de la fête de l’annonciation, le prêtre de la paroisse écrit : « Et un jour, le 25 mars 1821[40], le tison s’enflamme, un “David” doit combattre contre un “Goliath”. Vous connaissez le miracle de ce combat, il ouvre une nouvelle page glorieuse pour l’histoire grecque déjà très brillante ».
L’institution fait par ailleurs référence en permanence à l’orthodoxie, ainsi Simon Kristides [41] assure que »nous faisons le maximum pour préserver et embellir le patrimoine que nos Anciens nous ont laissé et entretenir la flamme de l’orthodoxie dans notre région ».
Foi, traditions, langue, église, patriotisme forment un tout comme l’illustre un extrait du tract déjà évoqué : « Ainsi durant quatre cents ans, nous devenons inexistants aux yeux du monde entier, mais c’est peu compter sur les racines de l’hellénisme : notre foi en Dieu, nos traditions, notre langue, notre église vont nous permettre de resurgir en tant que race et nation ».
Ainsi la mémoire collective de la communauté grecque de Saint-Étienne dépasse progressivement l'histoire particulière de l'immigration grecque dans le bassin industriel pour intégrer une mémoire de l'hellénisme, sociale, culturelle et religieuse et nationale transmise et entretenue par les cadres sociaux.

Le sentiment identitaire des membres de la communauté grecque

La communauté grecque de la région de Saint-Étienne qui est peu nombreuse et qui est issue d’une immigration qui s’est arrêtée depuis longtemps est-elle en train de s’assimiler complètement à la société française, ou bien ses membres de la deuxième, troisième et quatrième générations, ont-ils gardé un sentiment identitaire grec ?
Une descendante d’immigrés grecs, appartenant à la deuxième génération pense que la communauté grecque est en train de s’éteindre car dit-elle « on n’est pas assez nombreux ». Le prêtre de la paroisse estime que « l’intégration de la communauté grecque dans la société française est totale car les Grecs ont une même civilisation, une même religion que les Français ». Pourtant il affirme aussi que « la communauté grecque “ morte “ dans les années soixante-dix est devenue le modèle d’une petite communauté qui continue à survivre grâce à son ouverture et à la collaboration entre ecclésiastiques et laïcs, mais qu’une inquiétude existe ».
Pour un descendant de l’immigration grecque, l’affirmation de son appartenance à la communauté grecque se manifeste d’abord par sa cotisation régulière à l’Association cultuelle et cultuelle orthodoxe grecque. L’intitulé même de l’association montre la revendication simultanée d’une identité religieuse et d’une identité culturelle. L’identité culturelle n’est pas liée aux origines géographiques particulières de l’immigration qui peuvent être la Crète, l’Asie Mineure, l’Albanie ou le Dodécanèse, c’est une identité culturelle grecque « standardisée ». Ainsi, le groupe Olympe présente des danses du Péloponnèse, alors que cette région de Grèce n’a pas fourni de contingents importants à l’immigration grecque de la région de Saint-Étienne.
Un immigré grec de Saint-Étienne, arrivé après la Seconde Guerre mondiale, ce qui constitue une exception dans la communauté, explique le désintérêt des descendants d’immigrés grecs pour la participation à l’activité communautaire par le fait « qu’elle est trop centrée sur la religion ». Son opinion ne paraît pas toutefois partagée par les autres personnes rencontrées.
La petite-fille d’un immigré met l’accent sur les traditions grecques : « les Grecs ont un meilleur respect des traditions (que les Français) ». Elle estime que les relations entre Grecs sont plus chaleureuses que les relations qui existent généralement entre Français. Elle souligne que dans la communauté grecque, il n’y a pas de « barrière de générations». Toutes les générations sont respectées et en particulier, les femmes âgées à qui il arrive qu’on dise « qu’elles sont belles ». Il semble donc que le fait d’appartenir à la communauté grecque permet de vivre des relations sociales plus intenses que dans la société française, sans pour autant renoncer à aucun des bénéfices de l’intégration.
Cette petite fille d’immigré assiste à l’office orthodoxe, alors qu’elle a été élevée dans la religion catholique, parce que dit-elle, elle y rencontre des Grecs. Sa propre fille, qui appartient, elle, à la quatrième génération, fréquente aussi l’office orthodoxe. Il semble donc que pour certains descendants de l’immigration grecque, élevés dans la religion catholique, la religion orthodoxe exerce un réel pouvoir d’attraction.
L’appartenance de la communauté grecque de Saint-Étienne à la communauté grecque mondiale se manifeste par la commémoration annuelle des fêtes nationales de l’État grec : celle du soulèvement du 25 mars 1821 et celle du « 'Oxi » [42] du 28 octobre 1940. La mémoire de l’histoire nationale grecque est donc un élément fédérateur de la communauté. Le lien entre l’orthodoxie et l’histoire nationale grecque est souligné par le prêtre de la paroisse. Il écrit notamment: « pour nous, Orthodoxes grecs, le 25 mars est une fête doublement réjouissante, une fête historique et religieuse, le rendez-vous de deux événements marquants de notre existence de peuple chrétien, une fête dans laquelle nous retrouvons chaque année les vertus de notre race, de notre foi profonde en Dieu, de nos valeurs chères, telle la liberté ».
De nombreux membres de la communauté se rendent régulièrement en Grèce, surtout ceux qui y ont encore de la famille mais la transmission de la langue grecque semble poser un réel problème. En effet, selon le prêtre de la paroisse, malgré l’existence de l’école grecque et de l’enseignement de la langue grecque à l’université, les membres de la troisième génération ne parlent pas grec. La langue grecque ne parait donc plus être le vecteur essentiel du sentiment identitaire. Cette observation recoupe celle de Cécile Zervudacki qui à propos des Grecs de Pont-de-Chéruy, écrit [43]: « ne pas parler grec n’est pas une preuve qu’on n’est pas grec, parler le grec est la preuve qu’on est grec» […], la langue est un vecteur identitaire très peu investi ». Étant donné le rôle historique important de la pratique du grec, dans la survie de l’hellénisme, on peut se demander si les communautés grecques peuvent durablement sauvegarder leur identité sans un maintien de cette pratique.
Chez les membres de la communauté, les fondements du sentiment identitaire grec sont donc aujourd’hui les traditions familiales, sociales et plus généralement culturelles de l’hellénisme, ainsi que l’orthodoxie, et la référence à l’histoire nationale grecque.

Sources 

Service historique de l'armée de terre

7N 934, 7N 994 et 7N 997 : Travailleurs grecs.

 Archives départementales de la Loire

4M 438 : Statistique des étrangers au 1/1/1914.
4M 439 : Statistique des étrangers au 1/1/1915.
4M 441 : Statistique des étrangers au 1/1/1916.
4M 442 : Statistique des étrangers au 1/1/1926.
4M 444 : Statistique des étrangers au 1/1/1927.
4M 446 :Statistique des étrangers au 1/1/1928.
4M 448 : Statistique des étrangers au 1/1/1929.
4M 449 : Statistique des étrangers au 1/1/1933.
4M 450 : Statistique des étrangers au 1/1/1934.
4M 451 :Statistique des étrangers au 1/1/1935.
4M 452 : Statistique des étrangers au 1/1/1936.
4M 453 : Statistique des étrangers au 1/1/1937.
4M 1090 à 1096 : Fiches individuelles des étrangers du Commissariat de Saint-Étienne.
3E 184/30 à 3E 184/34 : Registres des décès de La Ricamarie 1914-1940.


INSEE

Dénombrement des étrangers en France (1891).
Statistique générale de la France (1901, 1911, 1921, 1926, 1931 et 1936).
 Recensement général de la population, Paris, INSEE (1946).
Annuaire statistique de la France Résumé, rétrospectif, Paris, INSEE (1966).
Recensement général de la population, Paris, INSEE (1975).
Recensement de la population exploitation thématique, Paris, INSEE (1999).




[1] Cet article est tiré du mémoire de maîtrise La communauté grecque du bassin industriel de Saint-Étienne de l’auteur (2004), Institut national des langues et civilisations orientales, Paris. Il a été publié dans Saint-Étienne Histoire et Mémoire  
n° 222, juin 2006.
[2]  Le départ forcé des Grecs d’Asie Mineure suite à la défaite de la Grèce contre les Turcs et à l’échange obligatoire des populations grecques et turques stipulé par le traité de Lausanne en 1923
[3] Les statistiques semestrielles des étrangers par commune pour la période 1912-1935, disponibles dans les archives départementales, montrent que fin 1925, on compte 1 111 Grecs dans le département dont 1 098 dans le bassin industriel de Saint-Étienne.
[4] Dans l’entretien du 9 décembre 1981 déjà cité.
[5] Dans l‘entretien du 9 décembre 1981
[6] Cécile Zervudacki (1986), « Religion et urbanisme à propos de la communauté grecque de Pont-de-Chéruy », Terrain, octobre.
[7] Huguette Ferré (1988), Une migration réussie : les Grecs à Port-de-Bouc. Réflexions sur l’insertion des immigrés, Thèse de médecine. Faculté de Médecine de Marseille
[8] Michel Bruneau (1986) »Une immigration dans la longue durée : la diaspora grecque en France » Lille, Espaces Populations Sociétés, 2-3 p 485-495.
[9]  La défaite des Grecs contre les Turcs et le  départ forcé des Grecs  d’Asie Mineure 
[10] Cécile Zervudacki (1988) La communauté grecque de Pont-de-Chéruy, rapport de recherche, Ministère de la Culture, Mission du patrimoine ethnologique.
[11]  Datez de la prise de Smyrne par les Turcs
[12] L’Épire du Nord se trouve actuellement en Albanie
[13] Circonscription administrative ottomane.
[14] Dominique Kanonidis (1992), Essai sur l’immigration grecque en France au 20e siècle, Mémoire de maîtrise, Centre de recherches historiques et juridiques, Paris I.
[15] Entretien du 9 décembre 1981
[16] Compagnie ferroviaire à voie étroite, compagnie de tramways de Saint-Étienne.
[17] Dominique Kanonidis dans son essai déjà cité observe que pendant la première guerre mondiale, les immigrés grecs arrivent à Marseille et sont dirigés par train sur les sites de l’industrie de guerre et qu’à Saint-Étienne on les affecte à la Société des mines et à la Manufacture d’armes.
[18]  Entretien du 9 décembre 1981.
[19] Un des quartiers de Saint-Étienne où se trouvent les mines de charbon.
[20] Dans son essai déjà cité .
[21] Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[22]  Dans son mémoire déjà cité
[23]  Simon Kristides (2002) « Sainte Trinité » Acropolis, n° 68, p 4-5, Marseille.
[24]  Dans l’article déjà cité de la Région illustrée
[25] Dans l’entretien  du 9 décembre 1981.
[26]  Dans l’article d’Acropolis déjà cité
[27] Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[28] Située au 51 ter, rue de la Jomayère.
[29] Le rang le plus élevé accessible à un prêtre marié dans l’église orthodoxe grecque.
[30]  Dans l’entretien du 9 décembre 1981.
[31] Dans l’entretien   du 9 décembre 1981.
[32]  Joël Candau (1996) Anthropologie de la mémoire, Paris, PUF.
[33]  Dans l’article d’Acropolis déjà cité.
[34] Trieuse dans les mines..
[35] Le Clapier est un quartier de Saint-Étienne près des puits de mines. Il vient du mot « claper », trier.
[36]: Dans les mines, front d’attaque d’une galerie de creusement (suivant la définition du   Grand Larousse en 5 volumes, 1992).
[37]  Dans son rapport de 1988 déjà cité.
[38]  Dans l’article d’Acropolis déjà cité. 
[39]  Entretien du 9 décembre 1981.
[40]  Date du soulèvement des Grecs contre l’occupant ottoman.
[41]  Article d’Acropolis déjà cité.
[42] Ce qui veut dire non en grec. Cette fête commémore le refus par Métaxas de l’ultimatum de Mussolini. à la Grèce.
[43]  Dans son rapport déjà cité de 1988.

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